Entretien exclusif avec…Pierre DUCROCQ (Promotion 76)

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Profil :

Nom : DUCROCQ
Prénom : Pierre
Né le : 18/12/1976
A : Pontoise (95)
Taille : 1m78
Poids : 75kg
Poste : Milieu Défensif/Défenseur axial
Nationalité : Française

Carrière :

Saisons Club M. (B.)
1994-oct 2001 Drapeau : France Paris SG 145 (3)
1996-1997 Drapeau : France Stade lavallois 39 (1)
2001-2002 Drapeau : Angleterre Derby County 19 (0)
2002-2007 Drapeau : France Le Havre AC 160 (1)
2007-2009 Drapeau : France RC Strasbourg 50 (0)
2009-2011 Drapeau : Grèce AO Kavala 50 (0)

Palmarès :

  • Vainqueur de la Coupe de France : 1998 (Paris-SG)
  • Vainqueur de la Coupe de la Ligue : 1998 (Paris-SG)
  • Vainqueur du Trophée des champions : 1995 et 1998 (Paris-SG)
  • Finaliste de la Coupe de la Ligue : 2000 (Paris-SG)
  • Sélectionné en Équipe de France de football des -16ans, -17ans, Espoirs, Militaires et A’.
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    « Mon tête contre tête avec Ravanelli fut le véritable démarrage de ma carrière Pro… »

     

    1/ Salut Pierre ! Tout d’abord ravi de retrouver l’une des valeurs sûres du CFA du PSG…Commençons par le commencement…Comment en étais-tu venu à signer au PSG ?

    « Tout d’abord Bonjour à toi Nyto ! Super content de reparler de tout cela…Jusqu’à l’âge de 12 ans, j’évoluais à St-Ouen-l’Aumône. J’ai ensuite intégré l’INF Clairefontaine, la toute première promotion qui y fut instaurée. Elle correspondait à une année de préformation. C’était comme une sorte d’expérimentation…Nous avions pour entraîneur André Mérelle et pour directeur Claude Dusseau. Ces personnes nous ont véritablement bien éduqués. J’étais dans la promotion des Benjamin Nivet et Johan Radet…Par la suite, sont arrivés Thierry Henry, puis Nicolas Anelka…Comme il n’y avait pas encore d’équipe de « club » à l’INF, j’ai donc opté pour le PSG. L’encadrement qui était dispensé m’avait vraiment convaincu d’y signer. De plus il s’agissait du club de mon coeur. J’allais voir des matches au Parc des Princes, avec les Bats et Fernandez…Alors pouvoir y signer était fabuleux ! Monsieur Jarry était mon entraîneur en 15 ans Nationaux, Marc Collat le directeur, et Messieurs Jurilly et Morin nous encadraient tous les jours. »

    2/ D’autres clubs t’avaient-ils fait les yeux doux ?

    « Oui, comme le Racing, le FC Sochaux et l’AS Monaco. J’avais d’ailleurs été passer une semaine à Sochaux…Mais ce fut la déprime ! (rires) Il y faisait nuit de bonne heure, c’était un mois de février je crois…Bref, j’ai choisi la proximité, même si à l’époque on déconseillait à tous les jeunes de rejoindre le PSG, car les « Stars » y étaient privilégiées. Mais en tant que Parisien, je ne me voyais pas signer ailleurs ! Lors de mes 2 ans passés à l’INF, j’ai donc porté le maillot du PSG chaque week-end. Mon retour au Camp des Loges se passait bien, il n’y avait pas de jalousie particulière…Les autres savaient que j’étais en sport-études en semaine…C’était encore méconnu…De plus, j’étais en équipe de France, capitaine de l’équipe 15ans Nat. du PSG, donc quelque part ils me respectaient. Nous étions une véritable bande de potes avec les G.Paisley, M.Boleda, E.Berruer, H.Tagro, M.Sampil, P.Sampil, P.Videira…Pas beaucoup sont sortis pros de cette génération, mais on a vécu de très belles choses ensemble. »

    3/ Une fois l’INF terminé, direction le Centre du PSG. Pas trop dur d’être de nouveau enfermé ?

    « Il s’agissait d’une phase de transition pour le PSG, car ils construisaient le nouveau centre de formation…Ma 1ère année en 17 ans Nat., nous étions donc logés à Rueil-Malmaison. La seconde année, nous étions à Vaucresson. Au camp des Loges, il y avait encore le terrain stabilisé rouge et celui de rugby, remplacés depuis par des synthétiques…Mais, nous avions la chance de nous entraîner sur celui en herbe ! (rires) Concernant la vie au centre, aucun souci ! Je me suis toujours bien entendu avec tout le monde. Il y régnait une excellente ambiance. Encore une fois, le fait d’être International faisait qu’on me respectait, sans que j’en joue…De plus, rentrer chez soi le week-end était un confort. »

    4/ Quels sont les joueurs et les entraîneurs, de cette période, dont tu retiendras le plus de bons souvenirs ?

    « Oulah super difficile, de chosir untel ou untel…Evidemment, Grégory Paisley ! Une véritable amitié est née entre nous…J’ai également partagé ma chambre pendant 2 ans avec Didier Domi avec qui je me suis très bien entendu. Plus tard, il y a eu Edouard Cissé. Au Centre, je m’entendais super bien avec Djamel Belmadi, et en 15 ans avec Emmanuel Berruer. Au niveau des entraîneurs, Jacques Jarry fut bien plus qu’un entraîneur, il était comme un second papa. Dominique Leclercq, tout simplement Merci coach ! Je l’ai eu en 17 ans Nationaux et en CFA2. Patrick Liewig, pareil…Froid d’apparence, mais super éducateur ! Quelqu’un de très droit. André Mérelle fut également une très belle rencontre pour moi à l’INF. »

    5/ As-tu des anecdotes à nous faire part ?

    « Je me souviens d’une demi-finale du championnat de France en 15 ans…Merci Monsieur Morin ! (rires) Il avait fait déménager un congélateur à Emmanuel Berruer, notre gardien, mais celui-ci lui tomba sur son pied ! Il s’était blessé au point de ne pas jouer ce match important. Notre coéquipier Grégory Courtois a du donc prendre place dans les buts, mais a encaissé deux buts contre Le Havre…Dommage, car nous avions battu Metz en 1/8 puis Bordeaux en 1/4…Tous nos parents nous avaient suivis, il régnait une ambiance familiale. On était entre l’amateurisme et le professionnalisme…Dommage que notre saison s’était arrêtée ainsi…Ce Titre aurait récompensé beaucoup de personnes. Sinon, je me souviens également qu’avec Grégory (Paisley), nous faisions le « mur » au centre de Vaucresson. On allait au Franprix du coin pour faire nos petits achats pendant que les autres dormaient… »

    6/ Jusqu’au jour où tu signes ton 1er contrat Professionnel…Heureux ?

    « Quand ça arrive, on n’a même pas le temps de vraiment savourer ! Car dès le lendemaine, on se retrouve à l’entraînement…On vit cela comme-ci c’est normal, une sorte d’étape logique…J’ai eu la chance que cela se passe avec Messieurs Denisot et Moutier, et surtout sans avoir le moindre agent ! Cela s’est bien déroulé, dans une ambiance familiale. Je n’étais pas tendu, j’avais déjà fait des entraînements avec les Pros. Une fois le contrat en mains, mon père était content, fier mais exigeant…Comme si je venais d’avoir 15 sur 20, et qu’il me demandait 18 ! Il m’a tout simplement fait comprendre que rien n’était acquis et que le plus dur était à venir…Donc j’ai donc vite rebasculé de nouveau vers le travail, le travail et encore le travail… »

    7/ Tu te rends compte Pierre…Tu as joué avec les Weah, Ginola et consorts ! Truc de dingue, non ?

    « C’est vrai, des bons joueurs, que dis-je, des très très bons joueurs ! Mais surtout, tous des Monsieurs !!! Tous humains…Lama, Ricardo, Tonio (Kombouaré), Alain (Roche), David (Ginola)…D’ailleurs, en parlant de David, il est bien loin de l’image qu’on a pu lui donner parfois…Il avait toujours un mot sympa et d’encouragement, pour nous les jeuens du club…Un super mec ! Même des gars plus fougueux comme Lolo (Fournier) ou bien Patrick (Colleter) étaient hyper abordables et simples. Quelle chance avons-nous pu avoir avec Greg (Paisley), Didier (Domi), Jérôme (Leroy) et Djamel (Belmadi) de nous retrouver au milieu de cet effectif si impressionnant…Je n’en garde que des fabuleux souvenirs. Me retrouver aux côtés des gars qui avaient joué les PSG-Real ou bien PSG-Barcelone fut extraordinaire pour un jeune comme moi…Il n’y avait donc juste à écouter ! Et de se défoncer à chaque instant passé sur le terrain…Ils étaient « mes exemples » ! J’ai eu une grosse, grosse chance… »

    8/ La pression devait être énorme pour vous les jeunes du CFA néo-pros ?

    « Au contraire, on rigolait tout le temps avec Grégory. On ne se prenait pas la tête ! On vivait le truc à fond…Etant donné que je n’étais pas un grand technicien, j’étais un gros bosseur aux entraînements. Le vrai 6 par excellence ! J’ai toujours osé mettre le pied à des Weah et Ginola car je savais qui ils étaient en tant qu’hommes…Aujourd’hui, ça serait peut-être différent, car les valeurs de respect se perdent…Hors-avant, en tant que jeunes-pros, nous avions notre propre vestiaire…On allait mettre les plots sur le terrain…Il fallait dire « Bonjour »…Bref, des choses normales, qui se sont un peu évaporées avec le temps… »

    9/ Beaucoup de dangers existent pour des jeunes footballeurs…Dopage, Argent, Agent, Femmes…Ca te parle ?

    « En toute honnêteté, je n’ai jamais vu autour de moi la moindre trace de dopage…La seule histoire avait été celle avec Oumar (Dieng) et Bernard Lama, qui avait contrôlé positif au cannabis. Sinon, rien du tout ! D’ailleurs, lorsque la Juventus était tentée de me recruter, Ousmane Dabo m’avait appelé pour me dire de faire attention car en Italie, c’était monnaie courante…Ca m’a effrayé et j’ai donc décliné l’offre italienne. Concernant les agents, j’ai très vite opté pour un conseiller financier, avec qui je suis toujours en relation d’ailleurs…J’ai donc eu la chance de tomber dès le début sur une personne fiable. Il ne m’a rien fait de mauvais…J’avais eu une mauvaise expérience lors de la signature d’un mandat, je n’ai donc jamais eu réellement d’agent. Ce qui fait la transition vers l’argent, vis à vis duquel mes parents ont joué un rôle très important, avec la création d’un livret jeune à La Poste…Cela m’a appris à gérer mes économies. Ce n’était pas facile pour eux car ils me privaient quelque part de vouloir faire ce que je désirais avec mes sous, mais c’était pour mon bien…Mon évolution salariale a été progressive, ce qui m’a permis de savoir faire la part des choses. Je n’ai jamais flambé. Ca je l’ai vu autour de moi, mais ce n’était pas mon truc. Quant aux femmes, on n’en profitait pas beaucoup…Mais quand même ! (rires) On avait nos cartes téléphoniques à 50 unités…C’était la galère ! (rires) A l’INF, nous étions au collège aux Essarts le Roi, puis au lycée à Rambouillet, en dehors de cela nous étions « coincés » au centre…Une véritable mission pour nouer contact ! »

    10/ A l’été 96, tu es prêté au Stade Lavallois en D2 pour un an…Une première saison pleine…Bon tremplin ?

    « J’y ai retrouvé Denis Troch, l’adjoint d’Artur Jorge au PSG. Le PSG ne me garantissait pas du temps de jeu, j’ai donc opté pour un prêt…A presque 20 ans, je ne voulais pas perdre de temps. Au premier abord, on prend Denis pour un fou ! Mais ses entraînements ont toujours une bonne raison à la finale…Tactiquement, il était très bon, et a su nous faire jouer collectivement. Mais je retiendrais surtout ses discours d’avant-match…Par exemple, lors d’un Laval-Gueugnon, nous avions l’impression de disputer un PSG-OM ! Ils nous motivait à mort !!! J’y ai disputé ma première année pleine chez les Pros, je m’y suis éclaté ! Quand on m’a proposé le prêt, je n’ai pas forcé…J’ai pris cela comme une étape logique. J’étais surclassé chez les 17 ans nationaux et en Nationale 2…Mais jouer en D2 était plus stimulant. Je savais au fond de moi que c’était pour mieux revenir au PSG ! Je n’ai jamais eu honte d’aller jouer en D2… »

    11/ Transition toute faîte, retour au PSG…Plutôt bien réussi ?

    « Ca commence par un encadrement par le duo Bats et Ricardo…Que dire ? Beaucoup de dialogue de leur part, une parfaite osmose avec tous les joueurs…Une année pleine, avec deux Trophées remportés en fin de saison. Nous savions qu’il s’agissait d’une année de transition, et qu’ils ne resteraient qu’un an…L’après-Denisot se préparait déjà…Pour ma part, remporter deux Coupes avec le PSG au Stade de France fut grandiose ! Imaginez un jeune issu du centre remporter des Trophées avec son club de coeur…Dans un stade où nous faisions partis des premiers à fouler la pelouse peu avant le Mondial 98. Le vrai kiffe aurait été de jouer ces matches au Parc des Princes…Il m’arrive de retomber sur des photos des Virages Parisiens lors de ces deux finales…Que de souvenirs ! C’est l’apogée de ma carrière footballistique…La finale de la Coupe de la Ligue contre Bordeaux reste un super souvenir pour moi. Je fais la passe décisive sur le but de Marco Simone, j’obtiens la faute pour le pnélaty marqué par Raï, je suis également responsable de la faute qui permet à Papin de marquer sur coup-franc…Et puis on gagne aux tirs aux buts….Et Raï qui soulève mon pote Didier pour la remise de la Coupe ! Quelle soirée !!! »

    12/ Ces années-là sont celles des PSG-OM…Alors ? Impressionnant le « Ravanelli » ?

    « Je vois de quoi tu parles…Vincent Guérin se blesse gravement, et je rentre à sa place. Dugarry et Ravanelli discutent ensemble et en gros j’entends : « Le petit jeune, il faut le faire craquer ». Un truc comme ça. J’ai encore des photos où on voit Dugarry qui est à terre et qui m’attrape le pied avec la main. Je tombe et là, Ravanelli vient tout de suite. Avec un petit coup de genou, il me bouscule un peu, donc moi je me relève, on se parle assez sèchement. On est nez contre nez et la photo a été prise. Je ne sais même plus ce qu’il me dit…J’avoue lui avoir craché dans la bouche…Quand je revois la blessure de Vincent, le pénalty sur Ravanelli, les coups subis…Waouh, bienvenue dans le haut-niveau ! C’est ce soir-là où ma carrière a pris véritablement son envol…Les supporters ont vu que je me laissais pas faire, et m’ont adopté. J’ai noué une relation privilégiée avec les supporters du PSG, celle du Titi du PSG qui mouille le maillot…Pour en revenir à Fabrizio, on s’est retrouvé ensemble sous le maillot de Derby County en Angleterre !!! En fait c’est un super mec ! Très bosseur…Il restait tout le temps après les entraînements pour frapper au but…Comme quoi… »

    13/ Pourquoi être parti à Derby ?

    « Bonne question…Je ne sais pas vraiment en fait ! Le club voulait me prêter, sûrement qu’on ne voulait pas me garder…Un appel de ce club et l’affaire s’est vite réalisée. Je m’y suis bien plu. J’ai joué dans des stades remplis. J’ai joué contre Manchester Utd, Chelsea, Newcastle, Arsenal…Nous étions 15ème/16ème toute l’année. J’avais pour coéquipiers François Grenet, Zavagno, Ravanelli, Carbone…Le club a voulu lever l’option d’achat, mais dans la même semaine le coach s’est fait virer ! Son remplaçant ne comptait plus du tout sur les étrangers…Nous n’avons donc plu joué, même Ravanelli ! Au final, relégation…Je suis donc revenu une nouvelle fois à Paris…En tout cas, cette expérience fut enrichissante. Quand je vois tous ces applaudissements lors d’un tour d’honneur alors que nous descendions…Il n’y a qu’en Angleterre que l’on voit ça. Même l’année d’après, j’ai su qu’ils jouaient toujours devant 35 000 spectateurs ! »

    14/ Retour à Paris, mais surtout départ au Havre…Aucun moyen de s’imposer à Paris ?

    « Luis Fernandez était en place. C’est d’ailleurs lui qui m’a lancé en D1. Mais là, il en fut tout autrement. Devant l’arrivée massive des Espagnols et des joueurs latins, j’ai compris qu’il me serait compliqué d’avoir du temps de jeu…Grégory Paisley jouait au Havre, j’ai donc opté pour la Normandie. Il s’agissait d’un bon contrat, notamment financier je ne vais pas le cacher. Le fait de toujours jouer en D1 était également important. Nous avons fait une bonne saison sur le plan du jeu aux côtés de Jean-françois Domergue, mais cela n’a pas suffit pour nous maintenir…L’équipe était jeune. Lors de la saison suivante, j’ai été pris en grippe par le public local, qui m’a fait comprendre qu’en venant du PSG, il n’était pas normal que le club descende…Ils ne comprenaient pas que je ne fasse pas la différence à moi tout seul ! Hors je n’étais pas 10, mais bien n°6 !!! J’étais sifflé à chaque balon touché, mais je suis passé au-dessus de tout ça…Lors d’un retour d’une longue blessure au genou, ils ont pu voir que je me défonçais tout le temps. Ils ont compris réellement mon jeu et mon poste. Mais suite, à mes 5 mois d’absence, on m’a fait jouer en 5. Je composais la doublette dans l’axe avec Didier Digard. Jean-Michel Lesage enfilait les buts devant. On s’est maintenu, j’en étais le capitaine. La suite s’est très bien passée… »

    15/ 5 ans au HAC…160 matches disputés contre 145 au PSG…Te sens-tu plus Normand que Parisien ?

    « Non, plus Parisien !!! D’ailleurs, à chaque fois que je suis venu jouer au Parc en tant qu’adversaire avec le HAC et le RCS, c’était affreux…J’en avais la chair de poule, c’était une torture de ne pas y jouer avec le maillot parisien. Avant et après ces matches au Parc, je n’étais pas très bien…Mais pendant, si Pauleta touchait mon goal, je lui faisais comprendre qu’il ne le ferait pas deux fois ! (rires) Mais, je garderais beaucoup de bons souvenirs du HAC ! »

    16/ Ensuite direction le RC Strasbourg…Où joue encore une fois Grégory Paisley ! Amoureux ? (rires)

    « Mais pourquoi n’a-t’il pas été au Barça ! (rires) En fait, je ne me voyais plus à 30 ans repartir en L2…Le Président Louvel l’a bien compris et a été honnête avec moi. Il m’a da’illeurs fait un papier comme quoi il me laissait tout le mercato estival pour trouver preneur, et que si je voulais revenir en septembre, la porte était grande ouverte. Mi-août, je vais faire une semaine d’essai au Maccabi Tel-Aviv où jouait Rudy Haddad. J’y fais un entraînement, puis une visite médicale. Mais le coach qui me veut se fait virer ! Les joueurs se retrouvent 4 jours sans entraîneur…Je rentre donc à Paris. Bursaspor en Turquie me propose un essai. Je prends des infos auprès d’Edouard Cissé qui jouait au Besiktas. Une fois sur place, « Doud » me dit que le Président et le Directeur sportif du Bursaspor sont en conflit…Des dessous de table auraient été touchés par l’un et pas par l’autre lors du transfert d’Hervé Tum…La photo d’une « Une » d’un journal confirme les rumeurs concernant ce conflit. Je décide de ne pas subir tout cela et décide de revenir à Paris…J’appelle Greg…Le mercato va se finir…Je lui fais part que je veux arrêter le football…Il en parle à Jean-Marc Furlan, son coach au RCS. Le club me propose 2 ans pour un contrat sincèrement indécent vis à vis de mon expérience…Mais je dis ok pour une saison, et on verra après…J’y retrouvais mon pote et un coach que j’affectionne. »

    17/ Encore une fois, une relégation au bout…

    « Décidément, effectivement deux fois descendu en compagnie de Greg ! Nous avions une belle petite équipe de L1. C’est dommage ! Il nous manquait toujours ce petit truc. Par exemple, Kévin Gameiro ne finissait pas encore ses actions comme il l’a fait par la suite…C’était ses débuts, même si on sentait déjà le buteur en lui. La seconde saison, car finalement j’y suis resté, on fini 4ème de L2 ! On perd 2-1 à Montpellier lors du dernier match…Un nul nous suffisait…Finalement, c’est eux qui sont montés…Le coach se fait virer, le président aussi…C’est Gilbert Gress qui est rappelé ! J’ai fait 2 semaines en sa compagnie et j’ai dit stop ! Un fou… »

    18/ Puis vînt la Grèce…Pour le soleil ? Pré-retraite ?

    « Tu fais référence à l’article de SO FOOT ? Où les joueurs français ont été catalogués de la sorte après leur reportage d’une semaine sur nous…Certes, la vie n’y était pas désagréable. De plus, nous y étions payés en net, donc sûrement un peu plus qu’en France…Mais on jouait au football ! Nous avons fini 5ème et 6ème, c’était inespéré pour ce club ! Ce qui prouve bien notre priorité pour le football. Je m’y suis fait beaucoup d’amis et de contacts. La ville et le pays sont très chaleureux. Par contre dans les stades, c’est très chaud ! Les groupes de supporters sont très organisés…Fumigènes, drapeaux, chants…Par contre, je n’ai jamais vu de heurts vis à vis des joueurs. Là-bas, j’ai rejoué à mon vrai poste de N°6, j’y étais capitaine, ça s’est bien passé. Mais en fin de saison 2010/2011, j’ai souffert d’une hernie discale conjuguée à une sciatique…Je me suis fait opéré…J’ai voulu reprendre le foot là-bas, mais très vite j’ai compris que c’était fini…Retour définitif en France. La boucle était bouclée ! »

    19/ Quelles sont les principales différences qui te viennent à l’esprit entre les 3 pays où tu as joué ?

    « J’en vois 2 majeures. La première est l’importance du football pour les supporters. En Angleterre et en Grèce, c’est une sorte de religion. A 10 000 ou à 40 000, ça gueule tout le temps ! En France, on a plus des spectateurs que des supporters…Par contre, à mon époque, en France nous étions en avance sur le plan tactique. Par exemple, à Kavala dès qu’il s’agissait de fermer un match, on savait s’y prendre face à l’Olympiakos car nous avions beaucoup de français dans l’équipe ou d’ex-joueurs de L1… »

    20/ Sacré carrière quand même Pierre ! Des regrets ?

    « Aucun…Ou peut-être le fait de quitter Paris trop tôt, à contre coeur…J’étais jeune et j’ai écouté sans broncher…Avec du recul, je me dis que j’aurais peut-être du insister un peu plus, car c’était mon club ! Mais, j’ai du partir pour être certain de jouer…Quand je vois qu’un coach comme Alain Giresse a refusé que j’aille assister au mariage de ma soeur, alors que nous étions en fin de stage de préparation…Je me dis qu’il avait de la chance que j’étais jeune !  Il m’avait dit que ce serait une faute professionnelle si j’y allais…Cette anecdote montre à quel point j’étais serviable…Mais il y a des fois, où je me dis que… »

    21/ Tu as également connu les joies de la sélection…Les « A » n’étaient pas loin ! Non ?

    « Oui et non ! C’est vrai que la suite logique après les Espoirs et les A’ auraient été de jouer pour les A….Mais devant moi, il y avait les Deschamps, Vieira, Petit, Boghossian…En étant un minimum objectif, ils avaient un niveau au-dessus du mien. Toutes mes élections furent magnifiques, notamment le championnat d’Europe -17 ans en Turquie. Quant aux A’, ce fut une belle récompense pour tout mon travail effectué. »

    22/ Ta teinture blonde en Angleterre, c’est parce que tu étais fan d’Eminem ? (rires)

    « En fait, lorsqu’Alain Roche l’avait fait au PSG, je trouvais que ça lui allit bien, surtout avec ses yeux bleus. J’ai donc voulu m’en inspirer ! Je l’ai donc tenté en Angleterre…Mais ça a viré au blond platine puis au violet ! (rires) Je me suis bien fait chambrer en tout cas… »

    23/ Et cette langue qui vient se loger dans ta joue…C’est pour la photo ? (rires)

    « Non du tout ! C’est ma marque de fabrique lorsque je suis en pleine concentration ! Au tennis, au football, ou en toute circonstance ! (rires)

    24/ Tu as pratiquemment toujours porté le N°23 partout où tu as joué…Volontaire j’imagine, mais pour quelle raison ?

    « Tout simplement fan de Mickaël Jordan ! Ma soeur jouait au basket depuis toute petite et je m’y suis intéressé. J’avais les cassettes VHS, puis les DVD…J’avais même le poster grandeur nature dans ma chambre ! Pas de footballeur, mais MJ ! D’ailleurs, je porte ce jour des Jordan aux pieds ! (rires) J’ai toujours admiré sa carrière, ses choix, sa façon d’être et de faire. Une vraie volonté de réussir ! C’est donc un p’tit signe que le fait de porter ce numéro… »

    25/ Tu as même eu une boutique portant ce numéro, n’est-ce pas ?

    « Oui ! Sacré souvenir dis donc ! C’était à Maisons-Laffitte…Elle s’appelait « 23 Sport ». Mais comme j’ai quitté le PSG, il m’était difficile de gérer à distance. Elle a existé 4 ans. »

    26/ Tu nous en a parlé en début d’entretien, mais confirme nous…La Juve ? Info ou intox à l’époque ?

    « C’était sérieux ! Mais j’ai vraiment coupé court pour cette histoire de dopage qui régnait dans le foot italien…Ce n’est donc pas un regret. »

    27/ Quels furent tes rapports avec la presse sportive ?

    « Ma mère a toujours gardé les articles…Moi, je ne la lisais pas. Même si c’est tentant, j’en avais pas besoin. Beaucoup de joueurs se prenaient la tête avec leurs notes…Nous, avec Greg, ça nous faisait rires de les voir se morfondre pour si peu…Le principal était de faire sa propre autocritique ou bien d’analyser les vidéos des adversaires. Tous ces articles étaient bons pour les agents, les entraîneurs, les Présidents, car ils peuvent récupérer des informations importantes…Nous les jeunes de ma génération, on savait prendre de la distance. »

    28/ Pendant les matches au Parc, avais-tu le temps de lire les banderoles ou d’entendre les chants ?

    « Avant le match, oui…Et pendant certains arrêts de jeu. Au Parc, c’était exceptionnel pour tout ça ! C’était énorme, surtout quand les échauffements étaient derrière les buts ! Les gens doivent comprendre que ce n’est pas parceque les joueurs d’aujourd’hui gagnent 200 ou 300 000 euros par mois, que c’est ça qui les fait courir…Mais bel et bien, tous ces gens qui viennent les encourager ! Je me souviens de victoire à l’extérieur avec le PSG où lorsqu’on l’emportait, on faisait se taire tout le stade ! Il n’y a que la beauté du sport pour faire cela… »

    29/ Tu es venu assister au PSG-OM de mercredi dernier…Le club a t’il encore dela considération pour les Anciens ?

    « Si je veux avoir des places, je sais que je peux en obtenir grâce à des connaissances qui bossent au siège. Mais je n’en abuse pas. J’aime achetr mes places, car je me sens plus dans la peau du supporter. Toutefois, les anciens sont très respectés. A chaque fois, j’ai été très bien accueilli. Ma position est celle d’aimer le PSG pour ce qu’il est et surtout ce qu’il a été. Je ne recherche pas à me montrer à tout prix. »

    30/ Justement ce « pseudo-anonymat », n’est-il pas trop dur à vivre ?

    « Sache que l’on me reconnaît toujours ! (rires) Pour preuve hier à Auchan…Deux Monsieurs m’ont félicité pour ma carrière. On me reconnaît encore ! Je dirais donc semi-anonymat ! (rires) Je sais que lorsque l’on évoque mon nom, les gens se souviennent de qui je suis. Mais je n’ai jamais abusé de cela…Le PSG était mon club, c’était à la limite normal pour moi… »

    31/ Quel est le match qui t’a le plus marqué ?

    « Non joué, il n’y a pas photo, PSG-Real Madrid au Parc ! Une soirée de dingue !!! Par contre, auquel j’ai pris part, la défaite (3-4) à La Corogne, je ne l’ai toujours pas digérée. On prend les 4 mêmes buts ! J’étais dégoûté…Les deux finales en 98 à 15 jours d’écart, furent extraordinaires à jouer. Jouer ces matches en tant que Titi du PSG, il n’y a pas de mot ! En plus on bat le grand RC Lens du moment avec les Ziani, Déhu, Foé, Smicer, Vairelles, une équipe de tueurs…J’avais fait en plus des bons matches. Un vrai plaisir ! »

    32/ Le joueur…

    « Grégory Paisley ! Non…Tu m’excuses Greg, mais sur ce coup-là, je dirais Jay-Jay Okocha ! Dommage qu’il n’est pas tout donné, un peu faignant ? (rires) Quel phénomène ! Techniquement au-dessus du lot. J’ai jamais revu un joueur, faire des transversales, san élan et ballon arrêté…Il donnait l’effet qu’il voulait au ballon ! Et il avait une accélération impressionnante…Ginola aussi ! Lorsque je lui faisais des passes trop hautes et que je pensais qu’elles allaient en touche, paf…Ballon collé sur la poitrine ! Quel joueur ! Pareil pour Lama…Sur les corners contre nous, on montait tous car on savait qu’il choperait la balle ! Et puis Alain Roche…Moi qui était en 6, quand je l’avais derrière moi, tu te dis que t’es peinard ! »

    33/ Le stade…

    « J’ai joué à Old Trafford, à Highbury, à Newcastle…De très beaux, stades, de belles pelouses, de belles ambiances…Mais le Parc…Le son ne s’en va pas ! Une sacrée caisse de résonnance ! La sonnorité y est vraiment spéciale. Même des joueurs de l’OM nous l’ont avoués. Quand un Kop répondait à l’autre Kop, et que j’étais sur la pelouse…Impressionnant ! Par exemple au Vélodrome, même si on en fait toute une montagne à chaque OM-PSG, et bien sincèrement nous n’y avons jamais eu peur ! Le son s’en va vers le ciel. Une fois fermé, faudra voir ? »

    34/ Le but…

    « Celui que je marque en Coupe contre Nantes ! On se chiffonait avec Artur Jorge car cela faisait plusieurs matches qu’il ne me faisait pas jouer…Ce jour-là, je m’échauffe devant le Kop, au Parc…Toute la tribune scande mon nom et désire mon entrée en jeu. Il reste 30 minutes, j’entre en jeu. Sur un corner, le ballon ressort, je tente une demi-volée et ça entre ! Le scénario idéal ! J’étais heureux, heureux, heureux… »

    35/ L’ambiance la plus chaude…

    « A Istanbul contre Galatasaray ! J’y avais joué arrière droit. En face, c’était l’équipe du légendaire Hakan Sukur ! Une ambiance chaude, sans véritable sécurité…Ce soir-là, je me suis dit, ah ouais, c’est encore autre chose ! (rires) En plus on perd…C’était dans leur ancien stade, avec les tribunes très poches de la pelouse, c’était sincèrement impressionnant ! »

    36/ le coach…

    « Le duo Bats-Ricardo était fusionnel avec leurs joueurs. Jean-Marc Furlan est quelqu’un de très réfléchi. Et Luis ! Car il m’a lancé le premier chez les Pros. Même si lors de son second passage, il me m’a pas fait de cadeau… »

    37/ Venons-en à ton actualité ! Alors comme ça tu veux devenir agent de joueurs ?

    « Oui, je suis une formation à l’EAJF à Paris depuis avril 2012. Il ya des avocats et des juristes qui nous enseignent tous ce dont nous avons besoin de savoir. J’y ai beaucoup réfléchi sur les 2-3 dernières années de ma carrière. J’ai envie de faire ce métier, car il a été fortement décrié. C’est en ayant été joueur que j’ai compris que l’accompagnement des jeunes joueurs professionnels n’étaient pas réalisé comme il le devrait. Je veux revenir à l’essence même de cette profession, ce qui en a fait les bases. Accompagner le joueur dans ses choix, le guider, tenir compte de son entourage, l’aiguiller pour la gestion de son patrimoine, le conseiller pour ses finances, travailler son image…Le tout dans un esprit de confiance et de proximité. Cela doit dépasser les simples limites d’un contrat. La nouvelle génération d’agents en France est plus portée sur cette voie-là. Elle me correspond tout à fait. Il faut faire les choses correctement. »

    38/ Comment se déroule ton examen ?

    « Le lundi 12 novembre, je passe la partie Droit, il me faut obtenir la note minimale de 10/20 pour prétendre à la seconde partie. Celle-ci aura lieu le 05 février 2013. Elle est spécifique au football. Là il me faudra avoir 14/20. C’est compliqué mais pas impossible ! Je suis très motivé à l’idée de réussir. En fait, c’est comme-ci je faisais 2 ans de Droit mais en 6 mois !!! J’ai donc des journées chargées en révisions. »

    39/ Sur Wikipédia, l’encyclopédie en ligne, on prétend sur ton profil que tu es directeur des adjoint des réserves du PSG, et ce depuis le 10 juillet dernier ?

    « Je ne le suis pas ! C’est une bêtise…J’ai vu ça…Je n’ai jamais eu le moindre contact. Par contre, il n’est pas exclu qu’un jour, j’entraîne les jeunes au PSG. Cela m’attire plus que les Pros. Mais, pas pour l’instant ! »

    40/ Quel est ton regard sur ce nouveau-PSG version Qataris ?

    « C’est particulier…Mais c’est mon club, et j’en reste le 1er supporter ! Je regarde toutes les semaines ses résultats. Beaucoup de choses ont changé. Notamment les supporters…Certes, il y a moins de bagarres, mais était-ce vraiment la bonne solution ? On a gommé 30 ans d’histoire en supprimant les associations…Tous ces mecs ont galéré des jours et des jours pour construire tout ça, et on leur a tout enlevé…C’est dommage. Il est certain qu’avec tout cet argent, on va gagner du temps…Encore faudra t’il gagner des Trophées aussi ! Si ça marche, tant mieux…Mais pourquoi ne pas avoir un vrai CFA ? Quand je vois chaque année 4-5 jeunes sortir au FC Barcelone, je me demande pourquoi ce n’est pas le cas au PSG ? Il faut une vrai école de football à Paris. Car, il faudra un jour penser à l’après version Qatar…Les fondations du club sont donc importantes à préserver… »

    41/ Que penses-tu de l’évolution du football ?

    « J’estime que cela n’a pas plus changé qu’avant…C’est le parfait reflet de la société, ça c’est certain ! En fait, c’est un peu comme le passage à l’euro…On s’y fait ! Il faut juste se pencher sur la mentalité, l’encadrement…Les parents doivent comprendre qu’ils ont un rôle très important à jouer. »

    42/ Que conseillerais-tu aux jeunes du CFA du PSG ?

    « De bosser, encore et encore…Toujours écouter son entourage proche ! Car eux, ils sont en décalage avec le milieu du foot…Mais ils seront toujours là après votre carrière…Alors respectez-les ! La cellule familiale est importante. Elle possède souvent le bon regard… »

    43/ Avant que l’on se quitte Pierre, quel serait ton 11-type du CFA du PSG de ton époque ?

    Entr. : P.Liewig

    Adj. : D.Leclercq

    1-V.Fernandez

    2-B.Lucas      4-J.Leroy   5-M.Sampil     3-G.Paisley

    8-D.Belmadi 6-P.Ducrocq 10-E.Cissé    7-D.Domi

    11- ?

    9-N.Anelka

    44/ Tradition oblige, je te laisse le mot de la fin…

    « J’ai vécu mes plus belles années au PSG. Que cela soit lors de ma formation, où pendant ma carrière professionnelle…Que l’on soit au PSG ou ailleurs, il faut profiter à mort de l’instant présent ! Je me souviens qu’on me disait qu’après le PSG, ça serait différent…Quand on est jeune, on prend ces phrases des anciens avec légèreté…Mais avec du recul, je peux dire que c’était vrai. Je peux affirmer que ce fut un privilège de jouer au PSG… »

     

     

     

    Propos recueillis par Nyto pour lestitisdupsg.fr