[Exclu 100% LTDPSG] Martial Mondon (Promo 75) : « Je m’entraînais avec le meilleur gardien du monde : Bernard Lama ! »

Publié le

Posté devant la fresque de son idole et mentor Bernard Lama, Martial Mondon (promo 75) se raconte en se replongeant dans son PSG. Celui du milieu des années 90.

Martial, tu as été Rouge et Bleu de tes 18 à 23 ans. Qu’est-ce que ces années signifient pour toi aujourd’hui ?

« Ce sont mes cinq plus belles années au niveau du football. J’ai tout connu. J’ai commencé avec la section amateur, j’ai gravi les échelons petit à petit, je suis monté en N3, après le départ de Vincent Fernandez (qui à l’époque venait d’être prêté a Châteauroux, ndlr) je suis monté en N2… Et puis, un jour je suis à l’école et le responsable du centre de formation vient taper à la porte et dit : «il faut que tu partes avec les pros en coupe d’Europe parce que Bernard Lama s’est blessé.» Ils m’ont emmené me faire un costume et le lendemain je partais en Norvège pour faire un match de coupe d’Europe. Ce jour là j’avais 19 ans, j’avais des étoiles dans les yeux. Vivre ces ambiances, les déplacements, évoluer avec tous ces joueurs… C’est ce qui se faisait de mieux… C’était des supers moments où j’ai énormément appris. »

Quel joueur t’as le plus impressionné à l’époque ?

« Bernard Lama. J’étais tous les jours en séance avec lui et pour moi c’était le meilleur gardien du monde. Il était complet, il avait une détente extraordinaire, une prise de balle hallucinante, des relances, une vision du jeu, le jeu au pied… »

Tout s’accélère alors pour toi. Comment réagit ton entourage ?

« Mes parents ont toujours voulu me faire garder les pieds sur terre. Quand tu es jeune tu as tendance à vite prendre la grosse tête. J’ai une anecdote par rapport à cela : on rentrait vers 1h du matin au Camp des loges après une défaite 3-0 à Bordeaux et je vois l’entraîneur de l’équipe 3 qui était là. Il me demande si je veux jouer le lendemain à Chatou. Je lui ai dit : «pas de soucis». En l’espace de deux jours je suis passé du Parc Lescure en L1 à Chatou en PH. Ce qui m’animait c’était vraiment l’amour du foot. Bien-sur que de jouer avec les pros c’était un rêve mais je pouvais jouer le lendemain en PH sans problèmes. »

A Paris, tu a aussi fait des rencontres qui ont marquées ta vie comme celle avec José Bosca…

« José c’est un des premiers qui m’ait accueilli quand je suis arrivé au PSG. Il a commencé comme moi en amateur avant de passer au centre de formation. Quelques années plus tard on s’est un peu perdu de vue puisqu’il a signé professionnel en Espagne. Mais quand il est revenu à Paris accompagné de sa sœur pour des vacances, je suis tombé amoureux d’elle. Mon meilleur ami est alors devenu mon beau-frère. C’est une super chose de la vie. »

Tu as également joué dans le film «Didier» réalisé par Alain Chabat en 1997…

« On a eu une expérience exceptionnelle dans Didier. On tournait de 22h à 7h du matin au Parc. Ils avaient mis des lits de camp dans les vestiaires et puis vers 3h du matin ils venaient nous réveiller en demandant tel plan à tel joueur. Forcément on était moins frais à l’entraînement le lendemain… »

En 97 tu n’es pas retenu et après 5 saisons tu quittes le club…

« A l’époque ça a été dur car je ne m’y étais pas préparé. Je ne savais pas me vendre et il n’y avait pas d’agent mis à part pour les 3-4 meilleurs joueurs. J’appelais les clubs pour me vendre mais sans vraiment savoir comment faire. J’ai fait des essais dans quelques clubs et je suis finalement retourné dans mon club d’enfance : le Racing, en National. »

Après le Racing, tu fais un an à Poissy puis tu es au chômage pendant six mois…

« J’ai fait des petits boulots pendant six mois et tous les jours je me disais : « faire du foot c’est le plus beau métier du monde. » Cela a été un moment difficile car c’est là que je me suis dit qu’il fallait que je fasse le deuil d’une carrière professionnelle. Pour se l’avouer c’est très compliqué. Un joueur y croit toujours. C’est vraiment là que j’ai pris conscience que mon rêve de faire une carrière professionnelle n’arriverait pas. Quand tu descends de la première division au National c’est très difficile de remonter et puis c’était le tout début de l’arrêt Bosman donc c’était compliqué de partir à l’étranger. Les places étaient limitées, encore plus pour un gardien. Donc je me suis rapidement dit qu’il fallait que je pense à ma reconversion. J’ai passé mes diplômes d’entraîneur entre 99 et 2000. Je voulais transmettre. »

Aujourd’hui c’est ce que tu fais. En plus d’entraîner les gardien de la Garenne-Colombes, tu enseignes à des jeunes et tu as notamment le projet de monter une équipe féminine à Levallois. Comment vis-tu cette reconversion ?

« Le jour de la rentrée j’étais comme un enfant. J’y suis allé limite en courant, je suis arrivé avec une heure d’avance. Il n’y avait personne devant le collège. J’avais hâte de rencontrer ces jeunes, de pouvoir leur apporter mon vécu, mon expérience. Ils m’ont tout de suite interrogé sur mes années au PSG et grâce a cela j’ai une autorité naturelle vis à vis d’eux. Je suis une sorte de modèle. J’essaie d’être une forme de grand frère pour eux. C’est aussi un rôle social qu’on a avec certains. Le but n’est pas que de les former sur le plan footballistique mais aussi dans la vie. Au lieu d’être dans la rue ils sont avec nous sur le terrain. »

Tu a quitté Paris il y a maintenant plus de 20 ans, qu’est ce qui a changé selon toi ?

« Cela s’est énormément professionnalisé. L’arrivée des Qataris a placé le club parmi les plus grands d’Europe. Par contre les joueurs sont beaucoup moins accessibles. Quand je m’entraînais avec les professionnels on passait au milieu des supporters, on signait des autographes. Maintenant tout est fermé, tout est blindé, pour les voir c’est impossible. Je me souviens d’une fois où j’attendais le bus à la gare de St Germain au Laye pour aller à l’entraînement et Raï passe avec sa voiture, me voit, et m’emmène à l’entraînement. Aujourd’hui les jeunes du centre ont des navettes, tout a changé. Ils sont hyper protégés. Je me rappelle d’une saison où l’on part en préparation aux Sables-d’Olonne et le matin ont a travaillé le physique autour d’un lac au milieu des passants. Maintenant cela serait impossible. »

Tu penses que c’était plus compliqué de percer en équipe première ?

« A l’époque pour signer professionnel quand tu étais un jeune du centre, il fallait avoir fait un certain nombre de matches en équipe première. C’était l’une des conditions. Aujourd’hui les clubs agissent complètement différemment. Un jeune qui a un fort potentiel, pour ne pas se le faire piquer par les autres grands clubs on va le faire signer au cas où. Il y a 4-5 joueurs qui signent professionnels par an, mais on n’est même pas sûr qu’ils fassent une carrière derrière. Moi je faisais partie de la génération Anelka et le club n’avait pas anticipé cela (son départ à Arsenal, ndlr). Aujourd’hui les club se protègent. »

Tu suis encore le club ?

« Je regarde surtout les jeunes du centre. Comme l’an passé les Diaby ou Nkunku… C’est toujours un plaisir car cela nous ramène à nos souvenirs. Quand on voit Kimpembe, qui est jeune et qui fait une carrière au PSG, on est fier, c’est beau. »