[Exclu 100% LTDPSG] Stéphane Moreau (coach/U17 PSG) : « Aujourd’hui, tout va plus vite ! » (1e partie)

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Le jeudi 16 décembre dernier, le président-fondateur de l’Association des Titis du PSG Anthony Vivien (alias Nyto) est allé à la rencontre du nouvel entraîneur des U17 Nationaux du PSG, Stéphane Moreau, afin d’inaugurer la nouvelle rubrique « A la rencontre de… » qui a pour but de mettre en avant les acteurs de la Formation Rouge & Bleu.

Directeur du centre de formation de Laval depuis juin 2009, coach des U17 et même de la réserve l’an passé, le natif de Nantes (49 ans) a signé au PSG pour une durée de deux ans.

En exclusivité pour LTDPSG, Stéphane revient dans cette première partie de notre entretien sur la première moitié de saison des plus réussies par sa jeune équipe, mais également sur sa passion pour le métier d’entraîneur, ainsi que sur l’évolution du football chez les jeunes.

Bonjour Stéphane. Quel bilan peux-tu dresser après tes 6 premiers mois vécus à la tête de l’équipe des U17 Nationaux, mais également en ce qui concerne ton intégration au sein du PSG ?

« L’adaptation s’est très vite mise en place, parce que je suis tombé sur un staff qui a été bien constitué, avec des gens qui sont très ouverts et qui ont tout de suite mis en place les choses pour que cela se passe bien. Les marques ont donc été vite prises. Il y a toujours un temps de mise en route pour aussi apprendre à bien connaître les jeunes. Quand on arrive dans une structure, il y a obligatoirement des liens humains à mettre en place pour avoir des exigences et ainsi créer des passerelles sur le plan du jeu et de la technique. Il n’y a pas eu de souci particulier, car c’est plutôt un groupe qui répond bien sur le plan humain et relationnel. Je n’ai pas été gêné par mon intégration dans le club que cela soit auprès des gens qui y travaillent ou bien des joueurs. »

« Il est vrai que je suis resté très local (à l’Ouest) tout au long de ma carrière. La vie parisienne n’est pas la même qu’en Province, c’est certain. Pour moi ce n’est pas un souci, à partir du moment où je me sens bien dans mon travail, les à-côtés ne sont donc pas des choses qui me posent des problèmes. J’ai trouvé un logement pas très éloigné du centre d’entraînement ce qui évite toute problématique de circulation trop compliquée. Tout va bien, aucun souci ! »

« Au-delà des résultats ce qui est important pour nous c’est la progression de l’équipe à travers l’évolution individuelle des joueurs. Ca a mis un petit peu de temps à se mettre en route, ce qui est normal avec un changement de coach. Il a fallu qu’ils s’habituent à une autre pédagogie, à des attentes qui ont pu être modifiées par rapport à ce qu’ils étaient habitués à vivre. Il y a donc eu un temps de mise en route pour que les projets sur le plan du jeu soient intégrés. Pour être très sincère et honnête, je pensais malgré tout aller plus vite que cela. Je me suis frotté à des joueurs qui avaient une réflexion du jeu parfois trop individualiste, il a fallu leur faire comprendre que les projets individuels n’avaient d’intérêt que dans le collectif. On a trouvé cet équilibre et puis au fil du temps il y a eu de l’évolution notamment sur le plan offensif où ça commence vraiment à se mettre en place. Tout le projet est de continuer dans ce sens-là et de les rendre encore un peu plus autonomes dans la façon de percevoir et de ressentir les choses. »

En somme ta philosophie peut se résumer à « Pas de bons résultats sans un bon collectif » ?

« C’est ce que je leur dis : les résultats, c’est la conséquence ! Il y a parfois des déceptions, je pense au match contre Boulogne lors duquel nous avons perdu sans que cela reflète véritablement le match. On a manqué de quelques petites choses, sans avoir pour autant fait un non match. Ca peut arriver…Mais en général, le résultat va avec la capacité à produire de la qualité dans le jeu. Quelque part ça valide les bonnes choses qu’ils sont capables de faire sur le terrain. »

Tu as fréquenté plusieurs clubs professionnels (FC Nantes, SM Caen, Stade Lavallois) avant de rejoindre le PSG ; quelles sont les différences majeures constatées entre les clubs de province et celui de la Capitale ?

« C’est aussi un choix de venir à Paris. On a parlé des contraintes de l’environnement parisien qui peut être aussi un frein quand on doit prendre une décision, mais il faut reconnaître qu’aujourd’hui à Paris il y a une qualité au niveau des infrastructures et de l’encadrement qui est au top. Il faut dire les choses, c’est quand même assez exceptionnel ce qui nous est donné en terme de moyens de travail et c’est aussi un confort. »

« Certes j’ai vécu la formation en étant joueur à Nantes, puis dans un autre rôle à Laval en étant directeur du centre. Pour être plus terre-à-terre, on a les mains dans le cambouis ! On doit gérer tout le temps des urgences dans tous les domaines. Je savais qu’en venant ici, je m’offrais un rapprochement avec le terrain, avec le jeu, beaucoup plus fort. Pour un éducateur, c’est un confort de travail de ne pas avoir à gérer les problématiques extérieures de transport, de retour chez les parents, de relations avec les parents, avec les agents, des scolarités…Je me définis comme quelqu’un de beaucoup plus proche de l’aspect technique et j’arrive dans un club qui me permet d’avoir les moyens de ne me focaliser que sur cet aspect là. C’est un gros confort de fonctionnement, car au niveau structurel c’est le top. Au niveau de l’organigramme et de l’encadrement, il y a une grande qualité : 2 formateurs, 1 TM, deux kinés, un médecin… On est vraiment armé dans l’encadrement des jeunes pour être performant. »

« Je suis agréablement surpris car vu de l’extérieur j’avais du mal à définir le réel lien entre le centre de formation et la cellule professionnelle. Mais une fois dedans, on se rend compte qu’il y a un fort voire très fort intérêt porté sur la formation. Ca part de la direction du club et aussi de cette capacité que possède nos jeunes à s’immiscer au sein du groupe pro. Les récentes apparitions de nos jeunes joueurs est un élément fort de la confiance accordée envers la formation, pour un club comme le PSG ce n’est pas rien. Le changement de structure (Poissy) facilitera forcément les échanges. »

Avec du recul, estimes-tu que le niveau footballistique de nos actuels Titis est supérieur à celui des jeunes que tu as eu sous ta coupe par le passé, voire même à ceux de ton époque lorsque tu étais stagiaire-professionnel au FC Nantes ?

« Le niveau est homogène concernant les deux générations dont j’ai la charge. C’est bon sur le plan technique et on sent qu’il y a une vraie maîtrise dans la phase de construction du jeu. Il y a une aisance technique alliée à une maîtrise collective qui permet de faciliter la conservation et la progression du ballon. Tout ceci était existant avant que j’arrive, et c’est bien au-dessus du niveau que j’ai rencontré à Nantes ou après dans les autres équipes de formation. J’ai été surpris de voir qu’aussi jeune, les joueurs maîtrisaient autant de choses dans la conservation du ballon. Il y a toutefois des axes de progression : approche du changement de rythme, capacité à dérouler le jeu dans les zones de finition, créer des décalages ou des espaces pour conclure. Ca passe par les notions individuelles (dans la connaissance, dans la formation, dans le savoir) associées à un nombre de touches limitées dans le jeu pour pouvoir enchaîner plus rapidement. C’est le gros travail que nous avons réalisé lors de la première partie de la saison. »

De par tes expériences passées, quel regard portes-tu sur l’évolution du football chez les jeunes ?

« Il y a l’évolution du football en lui-même qui est en rapport avec celle des jeunes, bien souvent elle-même en rapport avec celle de la société. Le mot qui me vient à l’esprit : « tout va plus vite » ! Le jeu va plus vite, les jeunes vont plus vite, la capacité à devenir professionnel va plus vite, une exigence très vite forte. Un jeune doit être prêt à 16-17 ans s’il a du potentiel, aujourd’hui ça peut passer à cet âge là. Ca demande aussi un perfectionnement accéléré sur le processus de formation, parce qu’il faut qu’on les rendent capables de vivre ça. Quand on dit tout va plus vite, il y a le terrain, mais il y a aussi les à côtés. L’aspect médiatique, la communication, l’image, tout est tellement surmultiplié. Aujourd’hui il faut tout maîtriser. Alors certes il faut maîtriser le jeu, mais le reste également car ça peut vite basculer vers le haut comme vers le bas. Ca demande donc d’aller vite pour les préparer à appréhender le haut niveau. »

Quel regard portes-tu sur ton métier d’entraîneur ?

« C’est en permanence en ébullition, c’est une sorte de bouilloire. Il faut tout le temps que l’on s’adapte. On ne peut pas rester sur les principes pédagogiques ou éducatifs d’il y a trente ans, c’est impossible. Aujourd’hui, les jeunes sont très exigeants. Ils sont capables d’avoir une réflexion sur tout. Ils sont très ouverts, très dynamiques. On ne peut plus être dans une approche directive sur ce que l’on souhaite leur apprendre. Il faut être communicatif, il faut les intéresser, il faut les stimuler, ils sont capables aussi d’aller chercher des réponses. C’est beaucoup plus riche qu’à l’époque où j’ai suivi ma formation. Nous à l’époque ça roulait tout seul, on écoutait, on ne disait rien et on essayait de reproduire ce qu’on nous demandait de faire. Il y avait peu d’échanges, de communication, d’interaction sur la réflexion du jeu. Aujourd’hui, on peut aller beaucoup plus loin. Ca passe par plusieurs étapes : il faut d’abord créer une confiance réciproque, ensuite on peut réaliser des choses en fonction des profils des uns et des autres. C’est ce qui fait la richesse de ce métier ! Mes messages d’ordre psychologiques doivent passer avant les messages purement techniques. Vouloir à tout prix transmettre ses idées de jeu en omettant tout le reste créera forcément des conflits. »

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Tu as passé 10 ans en tant que directeur d’un centre de Formation, Quelles sont les principales raisons qui t’ont poussé à retrouver le rectangle vert ?

« Le terrain, c’est ma vie. C’est ce qui m’a toujours fait vibrer ! Depuis tout petit, puis lors de ma formation au FC Nantes où j’ai vécu une formation très riche, j’ai toujours pris du plaisir sur le terrain. Au fil des années, je me suis davantage intéressé aux aspects tactiques. J’ai toujours été passionné par le fonctionnement d’une équipe, des relations entre les joueurs et le coach, mais également des éléments qui permettaient de développer du beau jeu ou de faire face à une problématique. J’ai eu l’opportunité de prendre la direction d’un centre de formation où il fallait remettre son fonctionnement en marche. Mais au bout de 10 ans, je saturais. C’était une petite structure où j’avais la chance d’avoir les mains libres, de pouvoir faire ce que je voulais, mais avec des moyens très limités en terme d’encadrement ou de budget mis à disposition. C’était très éprouvant d’être à la fois partout et de ne pas pouvoir se sentir impliqué à 100% en même temps. Je survolais un peu tout mais sans pouvoir aller au bout de ce que je souhaitais réellement faire. Il y a eu également la descente de l’équipe fanion en National, la perte du statut professionnel. C’est devenu de plus en plus dur sur les 2-3 dernières années. J’étais à saturation. L’opportunité du PSG n’était donc pas une régression. Elle m’offrait la possibilité de retrouver le terrain, de gérer un staff, de diriger un groupe de joueur.« 

Quelle image avais-tu sur la formation au PSG avant d’y évoluer ?

« On était venu faire un quart de finale lors de Playoffs avec Laval au camp des Loges (victoire 2-0 des U17 du PSG en 1/4 de finale, le 20 mai 2018) . Côté parisien, on sentait une réelle maîtrise technique, une vraie qualité de jeu, avec de bons joueurs. A Laval, il faut le dire, ce n’est pas du tout pareil. Avoir des effectifs de qualité c’est compliqué. Ici, il y a une qualité technique au-dessus de la moyenne. Du coup je peux aller plus loin. J’avais une bonne perception de la formation au PSG, avec des contraintes différentes. Les garçons ici sont très vite ambitieux, ils ont des objectifs personnels élevés. Je n’ai pas été déçu ou choqué par quoi que ce soit. »

Rendez-vous mardi pour la 2e et dernière partie de notre entretien.