[Exclu-Anciens] Anthony Dauvergne (Olympique Saumur FC/N3) : « Je vais à l’entraînement en mettant à fond les chants des Ultras du PSG ! »

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Direction le Maine-et-Loire pour prendre des nouvelles de l’ex-Titi du PSG Anthony Dauvergne (31 ans), qui vient de se qualifier pour les 16es de finale de la Coupe de France avec l’Olympique de Saumur FC, après avoir obtenu son billet en battant (1-0) le FC Guichen (R1).

Le gardien de but revient en exclusivité pour LTDPSG sur cette aventure humaine qui anime tout un club, mais également sur l’actualité du club de son coeur avec lequel il remportait le titre de champion de France U18 il y a presque quinze ans…

Epopée en Coupe de France

« Ce que nous vivons est incroyable ! Nous sommes passés à plusieurs reprises par des trous de souris, mais la chance a toujours tourné du bon côté. L’esprit Coupe est vraiment en marche… Notre coach était convaincu que cette compétition reprendrait. Il a réussi à maintenir l’effectif en éveil. Le groupe s’est mis au diapason, les gars ont tous joué le jeu. Dès que la date de reprise des entraînements est tombée, nous étions tous là. Le rythme ne fut pas évident à retrouver, mais au final tout tourne dans le bon sens, même quand nous avons frôlé l’élimination. C’est la troisième fois que Saumur va en 16e de finale (ndlr : élimination face à Nantes en 2005, puis élimination face à Rennes en 2010), nous espérons être les premiers à emmener le club en 8e de finale ! On veut faire passer un cap au club. »

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US Montagnarde

« Lors du tirage au sort, j’ai eu deux sentiments. D’abord de la frustration, car le but ultime était d’affronter le PSG car nous étions dans le même groupe pour le tirage. Après notre qualification, nous avons suivi le tirage sur la route du retour dans le bus. A 90%, nous voulions le PSG. Maintenant, on se dit aussi que c’est une belle opportunité pour encore passer un tour, même si nous allons faire preuve d’humilité face à l’US Montagnarde. Si cette équipe de R1 a éliminé deux formations de N1, ce n’est pas un hasard. Cette équipe possède de bons joueurs, certains sont passés par des centres de formation. De plus, c’est un club qui a l’habitude d’aller très loin en Coupe de France. L’US Montagnarde fait partie de ses clubs dont on entend souvent parler en Coupe, à l’image de Quevilly ou de Raon-l’Etape pour ce citer qu’eux. »

Absence du public

« Malgré l’absence de nos supporters, on a tout de même savouré nos diverses qualifications. On kiffe ensemble, même si c’est en petit comité. Ca se trouve, sans le coronavirus, on aurait rencontré une L2 dès le 7e tour et on se serait fait sortir ! Donc là on profite du fait de pouvoir aller plus loin par la voie des clubs amateurs. La réforme temporaire de la compétition nous est bénéfique. En 2015, nous avions éliminé le Tours FC (L2) au 7e tour, pour finalement se faire sortir le tour suivant par une DH… Ca n’a pas tout à fait la même saveur que de jouer dans un stade rempli, mais ça se trouve si ça avait été le cas à Guichen avec 2000 ou 3000 spectateurs, on aurait pris le bouillon. »

Le club de Saumur

« J’ai rejoint le club en 2013, alors qu’il affrontait de grandes difficultés financières. Il était dans une situation très critique. Au final, on a obtenu une montée en N3, on a remporté trois coupes d’Atlantique, on a réalisé de beaux parcours en Coupe de France, on a rempli le stade… La saison dernière, nous étions 3e avant l’arrêt des compétitions. Il y a de très bonnes ondes au club. Le Président a réalisé un énorme boulot pour redonner une bonne santé financière au club. Le coach, passé par le SCO Angers, apporte également du professionnalisme avec une pédagogie des plus adaptées. Il a su fédérer autour de lui. Chacun trouve sa place dans le projet. C’est la meilleure équipe dans laquelle j’évolue depuis mes huit années passées au club. Il a également recruté des jeunes laissés libres par le SCO Angers, qu’il a coaché lorsqu’il y était par le passé. Il leur a fait comprendre qu’il valait mieux connaître ce type d’aventure humaine, à deux pas de chez eux, plutôt que de partir à l’autre bout de la France sans réelle garantie. Tout le monde tire dans le même sens ! Un exemple de réussite comme Fahd El Khoumisti (passé par le PSG B, l’US Orléans, Le Puy, aujourd’hui à l’US Concarneau) prouve que Saumur peut être un bon tremplin. Ici, la bienveillance règne à tous les étages. Nous sommes plusieurs « anciens » à aider les jeunes pour les guider dans leur projet. »

Gestion de la crise sanitaire

« La situation est très compliquée à vivre pour un club amateur comme le nôtre. Le protocole est assez strict. Le couvre-feu à 18 heures n’arrangent pas les choses pour faciliter nos entraînements. La plupart des joueurs travaillent en journée, c’est donc compliqué de réunir l’ensemble de l’effectif ! Nous nous sommes déjà retrouvés à six joueurs lors d’un créneau horaire, puis six joueurs à un autre… Nous avons également participé à des séances le dimanche. Mais nous savions qu’avec tous ces sacrifices, nous nous donnerions un maximum de chances pour réaliser un beau parcours en Coupe de France. Depuis la reprise des compétitions, nous avons réalisé une bonne douzaine de tests PCR ! En jouant nos deux derniers matches de coupe en six jours, j’en ai réalisé quatre… Je peux vous le dire, je respire les Alpes ! (rires) Mon nez est impeccable ! On fait attention aux gestes barrières à adopter, notamment avec nos proches. Jusqu’à présent, aucun joueur de notre équipe n’a été touché. Ce qui est dommageable, c’est que le club ne puisse profiter des retombées financières de la billetterie, de la buvette, des partenaires, car organiser un match représente beaucoup de travail. »

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La saison du PSG

« Je ne sais pas trop quoi penser. Certains matches disputés en L1 me laissent perplexe, à l’inverse j’ai été ébahi par leur prestation à Barcelone. C’est surtout l’absence des ultras qui me chagrine. Un match sans supporter, ce n’est pas du football ! Le Parc avec ses ultras, c’est tellement le kiffe ! Chaque saison, je participe à quelques déplacements pour aller encourager le PSG, je suis à fond… J’ai tellement Paris dans la peau ! D’ailleurs quand j’arrive à l’entraînement, je mets le chant « Paris dans la peau » à fond dans ma voiture ! Tous mes coéquipiers me demandent de quelle planète je viens ? (rires) Mais pour en revenir au PSG en L1, je trouve que le championnat est faussé par cette crise sanitaire. Sans cela, l’équipe serait en tête comme d’habitude. Avec 45 000 supporters présents, les adversaires ne réagiraient pas de la même manière. Quant à Thomas Tuchel, s’il n’a pas été gardé c’est purement politique. Il n’y avait plus une bonne entente avec Leonardo. Espérons que Mauricio Pochettino profite de l’effet Covid en C1 ! Le retour face au Barça devrait déboucher sur une qualification même s’il faut se méfier. Tout est possible dans le football… J’ai connu le PSG quand Amara Diané avait évité au club une relégation en L2 en 2008, depuis ce jour-là je me dis que rien n’est jamais figé en football ! Quant à l’éventuelle arrivée de Lionel Messi, je me demande si ça serait une bonne chose ? Il va sur ses 34 ans… De plus, on demande aux joueurs de faire des efforts sur le plan financier et là on ferait venir celui qui coûterait le plus cher. Certes, le PSG y trouverait son compte sur le plan du marketing, mais sportivement je ne suis pas certain qu’il serait d’un apport déterminant. Ces dernières saisons, on a reproché au PSG son manque de grinta. Il faut des joueurs qui ont « la dalle » sur le terrain, des Gattuso ! Hors Messi est plus un joueur qui réalise des coups d’éclat. Il faut recruter des joueurs qui vont mouiller le maillot ! »

Alexandre Letellier

« Je suis très content pour lui. Intégrer le groupe pro du PSG, ce n’est pas rien ! Il était auparavant un coéquipier, il est devenu un ami. Je ne le jalouse pas, tout comme aucun autre de mes anciens coéquipiers chez les jeunes qui sont devenus de grands joueurs. Il a connu un parcours pas des plus évidents, je lui souhaite une franche réussite. J’ai fait depuis bien longtemps une croix sur mes rêves de devenir footballeur professionnel… Il y a sûrement des raisons, je l’accepte ! Rien ne me dit que j’aurais été forcément plus heureux en étant footballeur professionnel qu’aujourd’hui ? Je ne peux donc pas avoir de regret. Par contre, le club manque d’un réel accompagnement pour ses jeunes joueurs, lorsque ceux-ci ne se prédestinent pas à une carrière professionnel. Les clubs professionnels pensent davantage à leur intérêt et misent tout sur les joueurs qui peuvent leur rapporter, c’est dommage. Il est donc important d’être très bien entouré. »

Les jeunes gardiens au PSG

« Il n’y aura jamais un gardien formé au PSG qui y sera titulaire sur la durée chez les pros. J’en suis malheureusement persuadé… ils avaient sous la main, l’un des trois meilleurs de France avec Alphonse Areola. Ils ont essayé de l’installer, mais il ne s’est pas trouvé dans la bonne année pour X ou Y raisons. Et puis il y a dorénavant Keylor Navas ! Lui, c’est quelque chose, il est assez extraordinaire ! Il dégage une sérénité, un calme, assez impressionnant. Je vous parle en connaissance de cause, puisque je joue au même poste. Il possède une gestion émotionnelle des évènements assez impressionnante. Lors du quart de finale de C1 face à l’Atalanta, il m’a littéralement bluffé ! Je ne sais pas réellement ce qu’il faut pour que le club installe un jeune de son centre au poste de gardien de but, surtout avec l’échec d’Alphonse. Par exemple, je suis certain qu’on donnerait davantage de légitimité à Mike Maignan s’il revenait de Lille, car c’est comme-ci qu’il serait considéré comme une vraie recrue de l’extérieur… L’intégration d’un jeune passe forcément par du temps, ce qu’a pu avoir Presnel Kimpembe. Mais le poste de gardien de but est beaucoup trop exposé pour cela, encore plus au PSG… Tout comme pour le poste de doublure ! Est-ce qu’un jeune formé au club accepterait ce rôle dans la durée ? C’est une question délicate, certainement liée à la politique sportive que veut mener le club. Je me suis toujours demandé pourquoi le PSG n’avait pas tout fait pour recruter Hugo Lloris lorsqu’il évoluait à Lyon ? Par certain, qu’il était moins fort que Kévin Trapp, sans faire offense à ce dernier. Le Bayern Munich a installé Manuel Neuer, le meilleur gardien allemand, depuis dix ans maintenant. Pourquoi le PSG n’en ferait-il pas autant ? Un vrai paradoxe français… »

Champion de France U18 en 2006

« Il y a quinze ans, déjà ! Je n’y avais pas pensé… Que de bons souvenirs ! Je repense à tous les matches disputés pour y parvenir, la préparation de la demi-finale à l’hôtel face à Toulouse, la libération en finale après le dernier coup de sifflet de l’arbitre face à Monaco, l’osmose avec « coach Bechkoura »… Rien que d’en parler… Aujourd’hui, on savoure moins tous les bons moments. A l’époque, nous n’avions pas de téléphone portable. On voulait tous profiter du trophée, de la douche en étant tous en tenue de foot ! Maintenant, les joueurs se jettent sur leurs smartphones, pour se montrer aux yeux de tous. Ils ne vivent pas réellement l’instant présent en groupe. Société de consommation ! Avec les quelques anciens, on essaye d’apporter cet esprit davantage collectif aux plus jeunes, afin que l’on se construise de vrais bons moments tous ensemble, car c’est ça le plus important au final. D’ailleurs, j’en parlais récemment avec mon coach, il y a comme une sorte de parallèle entre mes cinq années vécues au PSG et ce que nous vivons actuellement avec Saumur. Cette épopée en Coupe de France est vraiment basée sur les rapports humains, sans collectif on est rien. »

Ambitions à 31 ans

« On gagne la Coupe de France et j’arrête ! (rires) Plus sérieusement, c’est mon corps qui va me guider. Je joue au football de haut niveau depuis l’âge de 14 ans. Les premières douleurs, notamment dans les mollets, les épaules, puis les adducteurs, commencent à se faire sentir plus qu’à l’accoutumée. Tout ceci entraîne une certaine forme de fatigue. Une chose est certaine, je ne pense pas être un gardien qui poussera jusqu’à ses 35 ans. J’arrive à un moment de ma vie où j’ai envie de profiter de ma petite famille, de partager des bons moments avec mon fils âgé de six ans. Je veux passer de bons week-ends avec ma femme. C’est vrai que la Coupe me fascine, d’ailleurs mon coach me disaient encore récemment que si je la disputais tous les ans c’est ce qui me rendrait le plus heureux ! Il n’a pas vraiment tord. Comme je disais précédemment, il y a bien longtemps que j’ai fait le deuil d’une carrière professionnelle. J’ai vraiment hâte d’être au plus près des miens. »

Vie professionnelle vs Football

« Il est hyper difficile de concilier une activité professionnelle en parallèle du football, qui plus est en N3, où nous sommes amenés à faire de longs déplacements. Etant investi au sein de deux entreprises, autant vous dire que mon temps est plus que compté ! Il faut s’accrocher physiquement et psychologiquement. Ma passion pour le football fait que je ne peux pas vivre sans cela. Comme je l’ai dit, quand mon corps dira stop, ce sera le moment d’arrêter. Mais j’ai toujours été un leader dans toutes les équipes où j’ai pu jouer. Je me donne toujours à fond dans tout ce que j’entreprends. J’aime fédérer autour d’un projet commun. Quand il fallait gérer un vestiaire avec des joueurs comme Younousse Sankharé, Mamadou Sakho ou bien David Ngog, je peux vous assurer qu’il fallait être costaud pour ne pas se faire marcher dessus. Grâce à eux, j’ai pu me construire en tant qu’homme quelque part ! Nous sommes d’ailleurs toujours en contact, c’est ça qui est beau. On est tous liés à vie. »

Son mot de la fin

« C’est une vraie fierté de voir que quinze ans après, nous sommes toujours en lien. LTDPSG a fait partie de mon aventure dès le début. Je suis d’ailleurs hyper ému, rien que d’en parler. Nous avons su tisser une véritable amitié, ce n’est pas rien ! J’espère vraiment pouvoir participer au prochain Jubilé des Titis afin de vivre des moments conviviaux avec tous mes anciens coéquipiers du PSG. J’ai également une grande pensée pour tous les supporters de l’Olympique de Saumur qui ne pourront malheureusement pas assister à notre 16e de finale de la Coupe de France à domicile… Le match sera retransmis sur la chaîne Eurosport, ce qui est génial pour nous, mais pas forcément pour un grand nombre de supporters, car elle est payante. Il sera également impossible d’organiser une retransmission sur un écran géant, à cause du contexte actuel. On aurait aimé que nos proches puissent assister à cet évènement, ainsi que l’ensemble des partenaires du club. Nous allons tout faire pour prolonger l’aventure le plus loin possible… »