[Exclu-Anciens] Nicolas Rajsel (FK Qabala/D1-Aze) : « A Bakou, les clubs Turcs sont plus suivis que le PSG »

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Direction l’Azerbaïdjan pour prendre des nouvelles de l’ex-Titi du PSG Nicolas Rajsel (27 ans) qui évolue au FK Qabala FF (D1), depuis le 04 février 2020.

L’attaquant né à Pontoise (95) revient en exclusivité pour LTDPSG sur son début de carrière tronqué par les blessures, mais également sur l’actuelle saison lors de laquelle il enchaîne les prestations de bonnes factures.

Son après-PSG

« En 2013, le PSG m’a laissé libre de tout contrat, après une saison disputée en CFA. J’ai rejoint le NK Celje en Slovénie, le pays de mes origines, en janvier 2014. La saison suivante, j’ai signé à l’Union Saint-Gilloise en D3 Belge. J’y ai réalisé trois saisons pleines, avec une montée à l’issue de ma première année, puis avec un titre de meilleur joueur de D2 lors de la troisième année (ndlr : 33 buts en 77 matches de championnat au total). J’ai découvert la coupe d’Europe (ndlr : 3 buts en 8 matches d’Europa League). De quoi attirer les grands clubs belges, dont Ostende (4e à l’issue de la saison 2016/2017). Je réalise une super préparation avec mon nouveau club, et au moment d’affronter l’OM en Ligue Europa, je me suis fait une rupture des ligaments croisés…J’ai mis huit mois pour revenir. Entre temps, le Président était parti à Anderlecht et tout le staff avait été remplacé. Le club m’a prêté en D2 à Roulers, mais moi j’avais assez donné à ce niveau-là par le passé. Je me suis donc battu pour jouer à mon retour à Ostende, jusqu’au moment où l’un des deux attaquants s’est blessé. Je me suis retrouvé titulaire en n°9 contre le RSC Anderlecht, et nous avons gagné (2-1) sur leur pelouse, ce qui n’était plus arrivé depuis 15 ans au club ! J’avais réalisé une bonne prestation, mais qui ne fut suivi d’aucune autre car on m’a sorti de l’équipe sans réelle explication. Ce fut compliqué à vivre… »

Direction Bakou

« J’avais besoin d’un nouveau challenge, basé sur l’humain. Mon ex-coéquipier Abdelrafik Gerard qui avait signé en Azerbaïdjan, m’a mis en contact avec le directeur sportif du FK Qabala. J’avais fait le tour en Belgique. Donc je me suis dit ‘pourquoi pas ?’ J’ai envoyé des vidéos de mes prestations. J’ai senti une réelle volonté de me voir signer. Je marche beaucoup à l’affectif. J’ai pu jouer quatre matches avant l’arrivée du coronavirus. Suffisamment pour prolonger mon contrat initial qui était d’une durée de quatre mois. J’avais inscrit 4 buts et fait une passe décisive. Pour Rafik, ce fut plus compliqué. Il était blessé et n’avait pas pu se montrer à sa juste valeur. Il a du partir, faute d’une proposition intéressante pour prolonger l’aventure. J’étais très déçu, car nous étions tout le temps ensemble. Je respecte toutefois son choix, je peux comprendre. »

Championnat d’Azerbaïdjan

« La D1 se dispute avec huit clubs, idem pour la D2. Le Qarabag FK est l’équipe qui domine le championnat depuis 2014. Ce club dispute tous les ans la coupe d’Europe. Les autres équipes se valent toutes, ça charbonne pour compléter le podium. Il y a un règlement qui impose d’utiliser un quota maximal de 6 joueurs étrangers sur les 11 titulaires. Ce n’est pas un championnat d’un niveau incroyable, il y a beaucoup de lacunes notamment tactiques. N’ayant pas joué en pro en France, je dirais que les meilleures équipes sont du niveau de la 2e partie de tableau de la D1 belge. »

Sa saison actuelle

« J’ai disputé 13 matches de championnat sur les 14 qui ont eu lieu. J’ai manqué un match à cause d’un carton rouge, le premier de ma carrière ! J’ai marqué deux buts et fait cinq passes décisives. J’essaye d’être le plus sérieux possible, d’être pro, d’être très impliqué. Je veux soigner mes stats, être décisif pour taper dans l’oeil de clubs plus ambitieux. Maintenant, la question est de savoir si ce championnat est bien vu de l’extérieur ? C’est toujours la même chose…N’est-il pas sous-estimé ? En tout cas, je retrouve mon niveau d’antan. Musculairement, je suis au top. Mon genou ne me gêne plus. Je peux faire les mêmes efforts qu’avant. Je me donne à fond, on verra bien ce que l’avenir me réserve ! Mais à 27 ans, j’ai encore de l’ambition. »

FK Qabala

« Il y a 4 ans, le club possédait un plus gros budget. Il avait participé à la Ligue Europa en affrontant notamment le Panathinaïkos. En 2016, ils ont joué contre Anderlecht et Saint-Etienne. En 2015, ils avaient éliminé Lille ! Le but est donc d’aider le club à renouer avec la coupe d’Europe. Il faut savoir que notre stade se trouve à Qabala qui est à 3h de bus de Bakou. Trois clubs sont en dehors de la Capitale. Depuis quelques saisons, toutes les équipes s’entraînent à Bakou pour permettre aux joueurs de vivre dans de meilleures conditions. On prend donc le bus toutes les deux semaines, comme nos adversaires, pour pouvoir jouer dans la ville que nous représentons ! Nous évoluons devant 150 supporters ce qui nous pousse à nous transcender par nous-même ! (rires) On échange en anglais, je suis bien obligé de me débrouiller car personne ne parle français, à part un coéquipier togolais. Heureusement, nous avons un traducteur qui parle anglais, espagnol et azéri. De toute façon, la langue du football est universelle, on arrive toujours à se faire comprendre entre coéquipiers. »

Le PSG vu d’Azerbaïdjan

« Tout le monde connaît le PSG, mais ils ne suivent pas de près les grands clubs européens. Ils ont une préférence pour les clubs turcs comme Galatasaray, Besiktas ou Fenerbahçe. Ils vont quand même regarder les matches de la Ligue des Champions, mais ce n’est pas une population fanatique de football de manière générale. En ville, je n’ai encore jamais vu le maillot du PSG sur le dos d’un enfant, ni en vente dans les magasins d’ailleurs ! J’ai un seul de mes coéquipiers qui montre de l’intérêt pour le PSG en me questionnant sur la ville de Paris ou bien sur la Tour Eiffel ! »

Contexte à Bakou

« L’Azerbaïdjan se trouve dans la partie musulmane de l’Asie. Elle se trouve dans l’est du pays, au bord de la mer Caspienne qui est la plus grande mer fermée du monde. Même s’il y a eu de récentes tensions avec l’Arménie, cela ne s’est pas du tout ressenti dans la capitale. La vie y est très détendue, on nous oblige en rien. La sécurité est au top, je n’ai d’ailleurs jamais entendu le moindre cri ou vu le moindre vol. On a l’impression que rien peut nous arriver. De nombreux produits sont importés de France, d’Italie, ce qui me permet de manger comme chez moi. C’est une grande ville où l’on peut faire du shopping, aller au restaurant ou bien à la plage. Le taxi n’est vraiment pas cher. A ce propos, on en prend un XL tous les jours avec mes coéquipiers pour nous rendre à l’entraînement. Le pétrole est ici, ceci explique cela ! Franchement, il y fait bon vivre, c’est moderne, c’est une sorte de minuscule Dubaï. »

Liens familiaux

« Quand on joue au football au niveau professionnel, nous savons à quoi nous en tenir. Il y a des bons et des moins bons côtés. La distance est une contrainte, mais comme on dit ‘Loin des yeux, près du coeur’. On fait tout pour maintenir le même amour. Quand on se retrouve, c’est très fort ! Quand je jouais en Belgique, j’avais forcément plus de possibilités de voir mes proches. Là c’est à 2h30 d’avion d’Istanbul, puis il faut 2h45 pour rejoindre Bakou. Chaque vol arrive de Turquie. En ce moment, c’est plus compliqué car les frontières sont fermées avec le Covid-19. On entretient nos relations avec des appels téléphoniques en visio ou bien en jouant en ligne à la Playstation avec mes frères et mes amis. »

PSG

« J’ai connu le club lorsqu’il s’est maintenu de justesse en L1 en 2008, mais aussi lors des deux premières années après l’arrivée des Qataris. Son évolution est assez gigantesque ! Les dirigeants ont toujours affirmé vouloir gagner la C1, ils n’en sont pas passés loin l’été dernier. Chaque année, ils arrivent à renforcer l’effectif et maintenir un niveau de jeu spectaculaire. C’est vraiment devenu un grand d’Europe ! Par contre pour les jeunes, c’est peut-être plus compliqué de se frayer un chemin. Et pourtant, 90% d’entre-eux signent un contrat pro pendant leur formation, alors qu’à mon époque ça se comptait sur les doigts de la main ! J’espère qu’ils arrivent à garder la tête sur les épaules, mais je sais que les différents staffs doivent les aider en ce sens. L’herbe n’étant pas forcément plus verte ailleurs, c’est à eux de profiter de cette chance. Quand je suis revenu au camp des Loges il y a un an, j’ai été choqué en voyant la qualité de la pelouse du terrain honneur, un billard ! Et puis il y avait deux docteurs, huit kinés, trois préparateurs physiques, des coachs adjoints… Je n’ai jamais connu de telles conditions depuis que je suis joueur professionnel ! C’est un tout autre monde, j’imagine la difficulté de rebondir lorsque l’on quitte ce confort… Bon nombre d’ex-coéquipiers sont aujourd’hui dans la difficulté, pour ma part je ne me plains pas. Je vis de ma passion et je suis payé en temps et en heures. Certes, ça pourrait être mieux, mais je sais aussi que ça pourrait être pire. Il n’y a pas de sous championnat, tout comme rien n’est jamais fini. Le travail, rien que le travail. Chacun fait ensuite avec ses propres qualités. Voilà mon message destiné à l’ensemble des Titis actuellement au centre ! »