[News-Anciens] Jean-François Laurent (recruteur au PSG/94 à 01) : « Il ne faut jamais condamner un joueur ! »

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Pour faire suite aux 50 interviews des anciens Titis formés au PSG, réalisées lors du confinement du au COVID-19, LTDPSG vous propose de retrouver chaque semaine un ancien formateur passé par la maison Rouge & Bleu.

Après Cédric Cattenoy, LTDPSG est allé à la rencontre de Jean-François Laurent (alias « Jeff »), fondateur du centre de préformation du PSG mais également ancien recruteur des jeunes Rouge & Bleu.

Sa venue au PSG

« Elle remonte à l’été 94. C’est Paul Jurilly, ancien du Racing, qui a souhaité ma venue. Il fut mon entraîneur lorsque je jouais à Bagneaux Nemours. La majorité des joueurs étaient en équipe de France Amateurs. Déjà lorsque j’avais opté pour l’AJ Auxerre deux ans plus tôt, il voulait me recruter. J’ai pris le poste de manager général de l’Association PSG (ex-section amateurs) qui était occupé par Jacques Jarry. Ce dernier est ensuite devenu secrétaire général du CFA. »

Ses principales missions au PSG

« Je devais superviser et coordonner 5 équipes par catégorie. Je ne comptais plus le nombre de coups de téléphone par jour, ni la charge administrative. Autant dire, que mon emploi du temps était plein du lundi au dimanche ! J’étais le patron de tous les éducateurs, sauf de Bernard Guignedoux qui gérait les cadets nationaux, car il dépendait de la section professionnelle. Mon principal objectif était de promouvoir la section amateurs au sein même du PSG. Une sorte d’ambassadeur pour permettre aux meilleurs jeunes d’intégrer le centre de Formation. J’étais pour le travail de masse. D’ailleurs, un exemple frappant me vient à l’esprit… Devenu professionnel au PSG, Jean-Michel Badiane (promo 83) évoluait pourtant en 13 ans Critérium, comme quoi il ne faut jamais condamner un joueur ! Autre cas, celui de Fabrice Abriel. Après un aller-retour à La Réunion, il a réintégré le PSG au sein de l’équipe C des 15 ans. Puis la B, puis intégration au CFA avec Marc Collat, puis le groupe pro… »

La création du centre de préformation à Verneuil

« Il existait un sport-études à Saint-Germain-en-Laye qui n’avait pas été maintenu. C’est Bernard Guignedoux qui s’en occupait. Avec Paul Jurilly et Jacques Jarry, nous avons donc décidé de récréer une structure, propre au club. Nous avons donc implanté la toute première structure à Verneuil/Seine. Nous avons essuyé beaucoup de plâtres ! Nous avions nos bureaux dans des préfabriqués, et nous changions parfois de terrain. Il demeurait quelques incertitudes. Nous n’avions pas de budget, les joueurs avaient même failli participer à leur hébergement… Ils n’avaient aucun avantage, si ce n’est de pouvoir s’entraîner tous les jours en parallèle de leurs études. La toute première génération fut celle de Maxime Baca (83), Sébastien Vaugeois (81), Julien Zenguinian (82)… Frank Bentolila, qui encadrait les U13 m’avait bien plu, je lui ai donc permis de gravir les échelons et il a rejoint le staff. Il a réalisé un boulot extraordinaire, avec une réelle profondeur d’esprit. J’ai également recruté par la suite Jean-François Pien, l’actuel directeur du centre de Formation, pour superviser les formations d’éducateur (BEESAPT, BAPAAT, BAFA…) aux côtés de Thierry Morin qui dirigeait le centre à cette époque. Il était entraîneur des corpos d’Orly. L’objectif premier du centre de préformation était que les meilleurs basculent au CFA, lui-même sorti de terre au camp des Loges en 1994. Du lundi au jeudi, on travaillait tous ensemble. Ce n’est que le vendredi que l’on séparait les groupes en fonction des équipes du week-end. Aux yeux des élitistes, notre structure passait pour une garderie ! Mais beaucoup de clubs étrangers avaient déjà leur propre structure. J’avais moi-même créé un sport-études à l’US Orléans, avec l’aide de Bruno Bini (CTD du Loiret, futur entraîneur de l’équipe de France féminine). Il fallait donc combler ce retard. Plus de vingt ans après, on peut s’apercevoir que beaucoup de jeunes passés par la préformation jouent au plus haut niveau. »

Ses retrouvailles avec ses anciens protégés

« Vu l’affection que je porte à Patrice Loko pour avoir été son entraîneur à Amilly, sa venue au PSG était à titre personnel un événement incroyable. Il m’arrive de regarder cette photo de 1997 prise par Jérôme Leroy, où je suis avec Patrice, Franck Gava et Didier Martel. C’était très émouvant de retrouver au PSG trois de mes meilleurs anciens joueurs d’Amilly. C’est dommage, d’ailleurs, que Patrice et Franck n’aient pas joué véritablement ensemble à Paris. Ils auraient retrouvé les automatismes qu’ils avaient en cadets nationaux… Franck en numéro 10, soutien des attaquants ; Patrice en attaquant libre devant. Ils jouaient les yeux fermés. Chaque fois qu’il y avait une talonnade c’était pour l’autre, c’était époustouflant. Ils n’avaient pas de relation exclusive, mais leur duo était essentiel. C’est dommage que le PSG se soit privé d’une telle opportunité. »

Son rôle de recruteur

« En 1999, Marc Collat m’a demandé d’épauler Jean-Pierre Dogliani au sein de la cellule de recrutement. C’est un bon compromis lorsqu’on arrête le coaching. Ca permet de toujours avoir un vrai lien avec le terrain. Malgré notre bonne entente, nous n’avons pas toujours été d’accord ! (rires) Un cas me revient à l’esprit et non des moindres, celui d’Hatem Ben Arfa. Je m’étais rendu à l’Isle-Adam pour observer la finale de la coupe d’Ile-de-France des Benjamins. Il y avait deux matches l’un à côté de l’autre. Dominique Flamant, recruteur passé par Auxerre et Créteil, m’a demandé pourquoi je ne regardais pas le match de l’équipe de Montrouge dans laquelle jouait le petit Ben Arfa… Je lui ai expliqué que c’était un tel « bordel » autour de lui que je n’ai pas souhaité m’y intéresser. Ce môme avait un talent fou, c’est incontestable, mais je ne souhaitais pas me prendre la tête avec tout son entourage qui était beaucoup trop oppressant. Pour moi, le PSG ne devait pas rimer avec « bazar ». Un autre souvenir me revient à l’esprit… Un jour, on m’envoie observer l’ACBB car paraît-il le fils de Mustapha Dahleb vaut le détour. Finalement, c’est le n°6 qui m’a tapé dans l’oeil. Un certain Laurent Platini ! Avec Luis Fernandez, nous avons appelé Michel Platini, qui nous a directement passé la maman. Madame Platini préférait voir son fils réussir ses études plutôt que d’intégrer le PSG. Le foot n’était qu’un loisir pour le fiston… Il est tout de même venu travailler au PSG quelques années plus tard ! »

Ses plus belles trouvailles

« Larrys Mabiala et Loris Arnaud. Pour Larrys, j’ai dû lutter face au RC Strasbourg. Le club alsacien avait l’habitude de venir puiser à Creil, notamment par le biais de Jacky Duguépéroux. Quant à Loris, il venait de Chatou. Deux belles réussites ! J’avais tenté également de faire venir Matthieu Dossevi et Kévin Gameiro, mais les responsables du centre de préformation n’ont pas voulu donner suite. Pourtant, ils avaient un profil qui sortait de l’ordinaire. Tout comme pour Mathieu Bodmer et Bernard Mendy ! Ne jamais sacrifier au cours terme… Un recruteur fait ce qu’il peut, sans pouvoir donner son point de vue. Les éducateurs ont davantage de poids, ils ont le pouvoir de refuser. Autre exemple, Alexandre Song qui évoluait au Red Star. Le directeur du CFA, Patrice Lecornu (ancien du Red Star), n’a pas voulu en entendre parler. J’ai dit au PSG que si le club n’en voulait pas et bien que je partirai, et qu’il serait fort probable que ce joueur m’accompagne. Ce fut le cas, au SC Bastia en 2001 pour qui j’étais devenu recruteur sur l’Ouest de la France. C’est ainsi que j’ai mis fin à ma collaboration avec le club. »

Avant le PSG

« Tout d’abord, j’ai été stagiaire-pro au Stade Français. J’étais également à la Sorbonne, car je ne voulais pas abandonner mes études. Ensuite, je suis passé par Amilly dans le Loiret, où j’ai dirigé les jeunes avec entre autres Patrice et William Loko, Franck Gava, David Le Frapper, Didier Martel, Gaëtan Huard, Cédric Lécluse… C’est une grande fierté de les avoir aidés, de leur avoir donné un coup de main. Le terme « formé » ne me plaît pas trop. J’estime qu’un joueur se forme tout seul. En parallèle j’étais prof d’allemand, puis je suis devenu prof d’EPS au collège d’Amilly. Ensuite j’ai rejoint l’US Orléans par l’intermédiaire de Jean-Baptiste Bordas, lors des grandes heures de ce club. J’y ai fait venir des joueurs de talent comme Sébastien Dallet ou bien Stéphane Clémenceau. Malheureusement, le club a connu un dépôt de bilan en 1992. L’AJ Auxerre m’a contacté par l’intermédiaire de Guy Roux. Je le connaissais depuis mes 20 ans. Il aimait mon côté franc. Deux mois avant le dépôt de bilan de l’USO, il était déjà au courant ! C’est un malin, il est au courant de tous les bruits de couloir. C’est sa grande force ! J’ai donc rejoint l’AJA où je me suis occupé des cadets nationaux. J’avais trois internationaux : Sébastien Jaurès, Kuami Agboh et Arnaud Gonzalez qui ont très vite rejoint les pros. Il y avait également Jean-Joël Perrier-Doumbé qui avait un an de moins mais qui fut international la saison suivante. Mais l’organisation au sein du club manquait cruellement de rigueur, j’en avais marre d’attendre des heures avant qu’une réunion ne commence ! C’est ainsi que j’ai opté pour le PSG en 1994 quand l’opportunité s’est présentée. A un moment, où les jeunes Bernard Allou, Francis Llacer, Pascal Nouma et Richard Dutruel étaient présents dans le groupe pro. »

Après le PSG

« En 2001, je suis devenu manager général de Montaigu en Vendée, tout en occupant le rôle de recruteur sur le Grand Ouest pour le SC Bastia. J’ai ensuite créé la fusion Montaigu-Saint-Hilaire-de-Loulay. Pascal Gastien, responsable du centre de formation des Chamois Niortais, m’a convaincu de le rejoindre pour endosser le rôle de recruteur. J’ai effectué une pige aussi à la Berrichonne de Châteauroux. J’ai dorénavant pris du recul, même s’il m’arrive de donner encore quelques conseils en tant que bénévole. »

Son regard sur l’évolution du football

« Avec du recul, je m’aperçois qu’il n’y a pas eu de réelle évolution technique. Pourtant, la Fédération avait à l’époque une direction bien définie, notamment avec l’arrivée de François Blaquart à la DTN en 1999. Malheureusement, beaucoup de projets ont été abandonnés ces dernières années. La méthode d’apprentissage est devenue plus globale, avec beaucoup plus de jeux sans ballon. Pourtant, des éducateurs comme André Mérelle, Joaquim Francisco Filho et Jean-Claude Dusseau étaient très axés sur la technique et la répétition des gammes. Il n’y a pas de bonne ou moins bonne méthode, pourvu qu’elle soit adaptée. Mais la méthode analytique reste essentielle à mes yeux. Répéter un geste en dehors des situations tactiques est important. Si le thème porte sur la reprise de volée et que l’on n’en voit qu’une toutes les 10 minutes lors d’un 5 contre 5, à quoi cela sert-il ? Ma vision est d’associer le global et l’analytique, un mixte des deux méthodes. Je le répète, il n’y a pas de vérité absolue. Chacun fait en fonction de sa propre conviction. »

Son avis sur le PSG actuel

« J’ai un regard « très extérieur ». Ce n’est plus le même que celui des Ginola, Weah, Guérin, Le Guen…J’adorais l’époque version Denisot. Maintenant, les joueurs sont cloisonnés ! Ils sont enfermés, avec des cerbères qui surveillent les entrées ! (rires) Est-ce que c’est positif ? Ou négatif ? C’est l’évolution du football qui veut ça, c’est le nouveau PSG… Il m’a fallu 6 mois pour pouvoir faire signer un ballon par les joueurs ! Pas faute d’avoir envoyé des mails, restés sans réponse. »

Son avis sur la Formation au PSG

« Il faut bien avouer qu’ils ont bien bossé toutes ces dernières années. Le club a formé beaucoup de bons joueurs. Le seul point noir réside au niveau des agents, ou plutôt des personnes qui se considèrent en tant que tel ! Beaucoup montent la tête des jeunes et surtout de leurs parents. Ils deviennent fous, ils font beaucoup de mal. L’appât du gain reste plus fort que tout, c’est malheureux. Tout cet argent gaspillé pourrait servir à payer du matériel et des ballons dans de nombreux clubs… D’autre part, je ne comprends toujours pas pourquoi le club a supprimé l’équipe réserve qui évoluait en N2. Une grosse erreur ! Et dire qu’il s’agit d’une décision unilatérale d’un homme qui n’est même plus au club. Je ne comprends pas également que personne n’ait tenté de revenir sur cette décision. A croire que le staff du CFA n’a pas suffisamment de poids au PSG. Les tâches administratives ont pris beaucoup trop de place sur tout le reste… Les grandes décisions sont prises par des hommes de passage, ce n’est pas normal. On ressent de l’improvisation. C’est dommage que les gens au contact des jeunes ne soient pas décideurs. »

Ses éventuels regrets

« Je n’en ai aucun. J’ai toujours fait en sorte de vivre ce que je n’avais pas encore vécu par le passé. J’ai peut-être deux regrets d’ordre financier ! (rires) Lorsque je dirigeais les 15 ans Nationaux à Amilly, on m’a proposé de prendre en parallèle l’équipe première. J’aurais doublé mon salaire ! Plus sérieusement, le SC Bastia m’a proposé de devenir l’adjoint de Laurent Fournier en 1998. J’avais eu rendez-vous au restaurant du terrain de tennis du camp des Loges. Jérôme Leroy passait juste après moi ! Finalement, l’un et l’autre avons décliné l’offre du SCB, tout en restant postulant pour le recrutement du centre. Ce n’est pas vraiment un regret même si bien évidemment j’aurais mieux gagné ma vie, mais j’ai toujours eu un profil de formateur. Je m’éclate davantage avec les jeunes. Ce fut partie remise, puisque j’ai rejoint le club corse trois ans plus tard, grâce aux interventions de Paul Marchioni et Robert Nouzaret. »

Jean-François LAURENT - PATRICE LOKOPATRICE LOKO

Son mot de la fin

« De l’âge de 10 ans quand je jouais à Cholet avec Jean-Claude Suaudeau jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours eu le même amour pour le football. Ca m’a d’ailleurs valu de nombreux désaccords ! (rires) C’est une religion, une « drogue », un peu des deux… Je suis un mordu du ballon rond, même si j’ai pris beaucoup de recul. Ca ne m’empêche pas de toujours croiser certaines connaissances, comme Patrice Loko par exemple (photo ci-dessus : dans le rôle de Parrain lors du tournoi de Montaigu, aux côtés de son frère William), mais mon rythme de vie est devenu un peu plus cool, heureusement. »