[Revue de Presse-Pros] Guérin : « À ce niveau, ça se joue sur des petits détails » (Ouest-France)

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Vingt-cinq ans après, le Paris Saint-Germain va rejouer une demi-finale de Ligue des champions, ce mardi (21 h), contre Leipzig. Le milieu parisien Vincent Guérin a ouvert la boîte à souvenir pour le journal Ouest-France et revient sur le premier rendez-vous du club parisien dans le dernier carré de la C1, en 1995, contre l’AC Milan.

Les 5 et 19 avril 1995, le Paris Saint-Germain a rendez-vous avec l’histoire. Le club parisien figure pour la première fois dans le dernier carré de la Ligue des champions et est opposé au grand Milan AC, tenant du titre de la compétition, en demi-finale. Vincent Guérin sera titulaire dans l’entrejeu du PSG lors des matches aller et retour. Il raconte.

Vincent, vous venez de battre le Barça de Cruyff (1-1, 1-2), finaliste de la dernière édition, en quart de finale et se présente désormais le tenant du titre : le grand Milan d’Arrigo Sacchi. Dans quel état d’esprit aviez-vous abordé cette double confrontation ?

« Avec confiance parce que, même si Milan était un grand d’Europe, c’était la troisième année où on était en demi-finale d’une compétition européenne. La Coupe de l’UEFA (en 1993 ; N.D.L.R.) et la Coupe des Coupes (en 1994) étaient encore très cotées à l’époque. Ça voulait dire qu’on avait une certaine valeur et une certaine expérience de ce genre de confrontation. On avait éliminé Barcelone, qui avait gagné la compétition deux ans auparavant. Ça faisait beaucoup d’éléments positifs. On abordait ce match avec ambition, tout en sachant que le morceau allait être compliqué à avaler. On avait foi en nos valeurs et nos qualités. »

Est-ce lors du match aller, perdu 1-0 après un but de Boban à la 90e minute au Parc des Princes, que cette demi-finale s’est jouée ?

« Complètement. On a pris un sacré coup de bambou avec ce match aller perdu dans le temps additionnel. Un penalty n’avait pas été sifflé sur Ginola, on avait tapé deux fois le montant, Rossi avait détourné deux têtes quasiment à bout portant de Ginola et Weah… C’était une grosse désillusion. Le but de Boban nous a fait très mal. On avait fait une très bonne rencontre et on aurait mérité largement mieux que ça. On était au niveau et ça s’est joué sur des faits de jeu. On avait déjà vécu une injustice scandaleuse contre la Juve en 1993 (penalty oublié sur Weah ; N.D.L.R). Là, c’était un peu moins flagrant mais il y avait quand même faute sur Ginola. On était rentré la queue entre les jambes. C’était une grande frustration et une grande déception. C’est là qu’on se rend compte de l’efficacité clinique du football italien à l’époque. »

Et du poids de l’histoire ?

« Évidemment, c’est évident (rires). Avec le temps qui a passé, on s’est rendu compte de ces choses-là. Le poids de ces grands clubs était énorme par rapport au Paris Saint-Germain qui était le jeunot, avec peu d’expérience. Ce poids a compté. »

Ce but de Boban fait penser à celui inscrit par Kostadinov, en novembre 1993, au Parc, qui priva l’équipe de France du Mondial 94…

« C’est vrai. Sur la dernière action, on commet une erreur. Il y a un corner pour nous et c’est sur la contre-attaque qu’on prend ce but. Luis Fernandez m’avait demandé de monter alors que je voulais rester derrière. Je suis monté et voilà… Peut-être que ça aurait été différent, on ne peut pas savoir. À ce niveau, ça se joue sur des petits détails. On était trop néophytes, cette action le montre. On a voulu être trop gourmand en essayant d’arracher la décision dans les derniers instants. Peut-être aurait-il fallu se contenter du 0-0 pour aller chercher la gagne à San Siro. »

Lors du match retour, Milan contrôle et Savicevic marque un but par mi-temps (21e et 58e) pour plier l’affaire…

« On était un peu anesthésiés par le résultat du match aller et on n’est pas rentré dans le match dans les meilleures conditions. On se pensait presque déjà éliminé avant de jouer. On a eu quelques opportunités mais peu, et on s’est pris un but assez rapidement. »

Ces trois échecs d’affilée en demi-finale vous ont forcément servi pour remporter la Coupe des Coupes 1996, non ?

« Oui ça nous a permis de franchir un cap et d’être reconnu sur le plan européen. Quelles que soient les compétitions, quand on joue trois demi-finales d’affilée, ça veut dire quelque chose. Ce sont des expériences qui vous servent de toute manière, même si on a toujours en travers de la gorge le fait de ne pas avoir gagné la Coupe de l’UEFA en 1993, parce qu’on aurait dû la gagner avec un arbitrage normal. »

En quoi la demi-finale de ce mardi contre Leipzig est-elle différente pour le PSG ?

« Il n’y a pas vraiment de comparaison à faire. La compétition de cette année est complètement unique. Où l’on se ressemble, c’est dans l’effectif, car nous n’avions que des internationaux à l’époque. Après, ça se joue sur un match sec, le PSG sera favori. Je pense que la double confrontation de Dortmund a créé un déclic. Ils ont été au bout du bout contre Bergame alors qu’ils auraient peut-être lâché l’affaire auparavant. Ils ont fait des progrès d’un point de vue mental et ça peut leur servir en demie et en finale. De notre côté, on était peut-être plus mature de ce côté-là. Après, en termes d’effectif, ils sont sûrement plus étoffés que nous à l’époque. »

Quels conseils pourriez-vous leur donner pour aborder une demi-finale de C1 ?

« Il ne faut pas se poser de questions. Si on se prend la tête, on passe à côté. Neymar a été très fort dans le jeu en quart, mais il a péché sur les gestes décisifs dans une ampleur surprenante. Lyon, pour le coup, ne se pose pas de questions. »

Le foot français est d’ailleurs à la fête avec deux clubs en demi-finale !

« C’est super ! Ça fait tellement longtemps (en 1995, le PSG et Auxerre avaient joué les demi-finales de la Coupe de l’UEFA). On est de la génération 1990-2000, on a connu énormément de grands rendez-vous européens. Marseille et Paris ont joué deux finales, nous ont fait aussi trois demies, Bordeaux joue une finale contre le Bayern en 1996, Monaco aussi en 1992 contre Brême, Nantes est en demi-finale de C1 contre la Juve en 1997… Et pour couronner le tout, il y a eu 1998 et 2000. Depuis 2000, le foot français mangeait son pain noir. »